
Le magazine L’Actualité s’intéresse aux usages numériques des jeunes et combien les réseaux sociaux instaurent de nouvelles logiques de surveillance entre adolescents. Chaque interaction en ligne ( lecture d’un message, présence connectée, partage de localisation ) devient un signal scruté et interprété, transformant en profondeur les relations amicales et amoureuses.
Depuis plusieurs années, cette surveillance sociale horizontale s’ajoute à la surveillance de masse. Ici, chacun est à la fois observateur et observé. Les plateformes comme Snapchat ou Instagram jouent un rôle clé : elles encouragent cette vigilance en affichant des informations précises, qu’il s’agisse du dernier moment de connexion, d’un Snapscore, ou encore de la fameuse SnapMap, qui révèle en temps réel la position géographique d’un utilisateur.
Pour les adolescents, ces outils deviennent des moyens de vérifier la cohérence des propos, de se rassurer dans une relation, ou de disposer de preuves en cas de conflit. Les captures d’écran d’une story, d’une géolocalisation ou d’un message lu mais ignoré prennent ainsi une valeur probatoire. La métaphore judiciaire s’impose : ne pas répondre ou apparaître au mauvais endroit peut valoir justification devant les pairs.
Mais ces pratiques s’accompagnent aussi de risques. Un oubli de paramétrage ou une géolocalisation mal contrôlée peuvent exposer un jeune à des comportements intrusifs, voire menaçants. L’exemple d’adolescents harcelés ou suivis via ces outils rappelle les dérives possibles d’une surveillance devenue routinière.
Pourtant, nombre d’adolescents soulignent aussi le caractère bénéfique de cette attention réciproque, qui peut être vécue comme une marque de soin ou d’intérêt. Tout est affaire de dosage : une vérification ponctuelle peut rassurer, mais l’excès est rapidement stigmatisé.
Cette culture de la surveillance ne s’arrête pas aux relations amicales. Elle s’étend dans le cercle familial, avec les outils de contrôle parental, et jusque dans le milieu scolaire, à travers des plateformes comme Pronote qui centralisent les données. L’adolescence connectée se vit donc sous un régime d’observation mutuelle permanent, où l’équilibre entre confiance et contrôle reste fragile.
Source : L’Actualité
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