
Le Devoir publiait hier un texte d’opinion signé par Stéphane Vial, professeur titulaire à l’École de design de l’UQAM, intitulé La mort de l’auteur n’aura pas lieu à l’ère de l’IA. Dans ce texte, l’universitaire réagit à la crainte grandissante que l’intelligence artificielle vienne effacer la figure de l’auteur en uniformisant l’écriture et en réduisant chaque texte à une production standardisée.
Cette suspicion est désormais visible dans l’espace public. Dans Les Affaires, on lisait récemment : « Ça pue l’IA sur LinkedIn ». Dans La Presse, la question était posée : « Qu’IA écrit ce texte ? ». Et dans Le Monde diplomatique, le chercheur Frédéric Kaplan notait la prolifération de tournures homogènes générées par des systèmes comme ChatGPT. Ce climat de méfiance alimente l’idée que l’auteur serait condamné à disparaître.
Pourtant, rappelle Vial, l’auteur n’a jamais été une figure immuable. Dans la tradition littéraire, il incarne une voix unique, une authenticité et un style. Mais dans d’autres domaines, comme les sciences ou le design, l’auctorialité est collective et distribuée. Michel Foucault parlait déjà de « fonction-auteur » pour décrire ce rôle social et culturel qui organise les discours plus qu’il ne reflète une individualité.
Avec le numérique, cette fonction s’est encore transformée : les textes circulent, se remixent et se réapproprient. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne tue pas l’auteur, elle accentue plutôt cette logique distribuée de l’écriture. Le véritable enjeu n’est pas de déterminer si un texte est « authentique », mais bien d’identifier qui en assume la responsabilité.
À ce titre, Vial insiste : une machine ne peut pas être auteur. Elle n’a ni intention, ni subjectivité, ni responsabilité. L’auteur est celui qui signe, qui valide et qui est prêt à répondre publiquement de son texte. C’est pourquoi il rejette l’idée de forcer la divulgation systématique de l’usage de l’IA, une mesure qu’il juge illusoire et bureaucratique. Après tout, personne n’exige de préciser l’usage d’un dictionnaire ou d’un correcteur grammatical.
Cette approche rejoint la position des organismes fédéraux de recherche au Canada, comme le CRSH ou le CRSNG. Dans leurs directives, ils ne demandent pas aux chercheurs de révéler s’ils ont eu recours à l’IA. Ils exigent plutôt qu’ils assument pleinement la responsabilité du contenu soumis et des sources citées. Une nuance essentielle, selon Vial : ce n’est pas l’outil qui importe, mais l’auteur qui répond du texte.
Vial rappelle que l’IA générative ne signe pas la mort de l’auteur. Elle contribue plutôt à redéfinir ce rôle, en confirmant que l’écriture a toujours impliqué des soutiens visibles ou invisibles. L’auteur véritable, à l’ère de l’IA, est celui qui assume le sens de son texte et qui réussit à marquer de son empreinte personnelle des outils de plus en plus puissants. L’IA change la forme des énoncés, mais elle ne remplacera jamais le sujet qui parle.
Source : Le Devoir
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