Le numérique québécois à géométrie variable

Le rapport NETendances 2024 confirme que le Québec n’avance pas d’un seul pas dans le virage numérique. Si 95 % des adultes québécois déclarent avoir utilisé Internet au cours des trois derniers mois, les écarts régionaux restent marqués. Ainsi, à Montréal et en Montérégie, l’accès atteint presque l’universalité avec 99 %, alors qu’il tombe à 81 % en Abitibi-Témiscamingue et 87 % au Bas-Saint-Laurent.

L’équipement suit la même logique. Dans les régions métropolitaines comme Laval et Montréal, plus de 90 % des adultes possèdent un téléphone intelligent, contre 74 % au Bas-Saint-Laurent ou 78 % en Abitibi-Témiscamingue. Quant aux ordinateurs, leur présence est plus stable, oscillant entre 40 % et 55 % selon les régions, avec un recul plus marqué dans les zones éloignées.

La qualité des connexions Internet illustre aussi ces disparités. Si la Capitale-Nationale ou Laval affichent plus de 95 % de foyers branchés à un fournisseur de télécommunications, cette proportion tombe à 72 % en Abitibi-Témiscamingue et à 81 % en Estrie. Le recours aux connexions par satellite, marginal dans les grands centres, grimpe à 7 % en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Sur le plan des réseaux mobiles, les Québécois de Montréal profitent d’une couverture 5G déjà adoptée par 60 % d’entre eux. À l’inverse, seules 31 % des personnes du Bas-Saint-Laurent déclarent l’utiliser. La perception de la qualité du signal cellulaire varie également : 52 % des Lavallois jugent leur signal à domicile « très bon », contre seulement 30 % sur la Côte-Nord.

Enfin, le rapport révèle que la langue de navigation en ligne reflète la diversité du Québec. Le français domine à 93 % au Bas-Saint-Laurent ou en Côte-Nord, mais ne représente que 50 % à Montréal, où près de la moitié des internautes privilégient l’anglais. Ce clivage linguistique numérique souligne à la fois la vitalité du français en région et la réalité bilingue de la métropole.

Autre donnée marquante, les interruptions lors des appels téléphoniques varient considérablement d’une région à l’autre. Alors que 64 % des répondants de la Capitale-Nationale affirment ne jamais subir de coupures, cette proportion chute à 35 % en Côte-Nord et à 43 % en Gaspésie. Ces écarts révèlent à quel point la fiabilité du réseau mobile dépend de la densité et de l’entretien des infrastructures régionales.

Enfin, le rapport met aussi en lumière les perceptions contrastées face au rapport qualité-prix d’Internet. Dans certaines régions comme Laval ou la Mauricie, près d’un tiers des abonnés se déclarent « très satisfaits » de leur forfait, alors que dans l’Est-du-Québec, ce sentiment descend à moins d’un quart. Cette insatisfaction, plus forte en région, nourrit un sentiment d’injustice numérique qui alimente le débat sur l’équité des services technologiques à travers la province.

Dans l’ensemble, l’étude montre un Québec connecté mais fragmenté. Le portrait numérique révèle à quel point la géographie, la densité et les infrastructures continuent de modeler l’accès et l’usage du numérique, particulièrement pour les aînés et les habitants des régions périphériques.

Source : Netendances

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