IA générative et journalisme : entre engouement du public et méfiance envers l’automatisation de l’information

Le Reuters Institute for the Study of Journalism, rattaché à l’Université d’Oxford, publie le rapport « Generative AI and News Report 2025 ». Réalisée avec YouGov entre le 5 juin et le 15 juillet 2025, cette vaste enquête menée auprès de plus de 12 000 personnes dans six pays ( Argentine, Danemark, France, Japon, Royaume-Uni et États-Unis ) dresse un portrait détaillé de la façon dont le public utilise l’intelligence artificielle générative, de ses perceptions quant à ses effets sur la société et du regard qu’il porte sur son emploi dans les salles de rédaction. Le rapport met en lumière une adoption rapide de ces outils, mais aussi des attentes nuancées et parfois sceptiques face à leur rôle dans l’information.

D’abord, dans les six pays sondés, la part de personnes ayant déjà utilisé un outil dédié passe de 40 % à 61 % en un an, et l’usage hebdomadaire grimpe de 18 % à 34 %. ChatGPT reste en tête, environ 22 % d’usage hebdomadaire en moyenne, avec un net avantage chez les 18–24 ans, 59 % ont utilisé au moins un outil d’IA la semaine précédente, contre 20 % chez les 55 ans et plus.

Autre bascule notable, l’IA sert d’abord à s’informer. L’usage hebdomadaire pour « obtenir de l’information » atteint 24 %, dépasse la création de contenus, 21 %. La consommation d’actualités via l’IA demeure minoritaire mais double, de 3 % à 6 %, surtout au Japon et en Argentine. Chez les jeunes, l’IA sert davantage d’assistant de navigation dans l’actualité, 48 % des 18–24 l’emploient pour rendre un article plus compréhensible, contre 27 % des 55+.

L’intégration de l’IA dans la recherche en ligne change déjà les habitudes. 54 % disent avoir vu une réponse générée par l’IA à une requête la semaine précédente. Un tiers cliquent souvent les sources proposées, 28 % rarement ou jamais. Parmi ceux qui voient ces réponses, 50 % disent leur faire confiance, mais cette confiance devient conditionnelle dès qu’il est question de santé ou de politique, plusieurs vérifient ensuite auprès de sources traditionnelles.

Sur le plan de l’opinion publique, l’IA est perçue comme omniprésente, 41 % estiment qu’elle est « souvent » utilisée dans les secteurs étudiés, avec des pics pour les moteurs de recherche, 68 %, et les médias sociaux, 67 %. L’optimisme l’emporte pour la santé, la science et la recherche en ligne, le pessimisme domine pour les médias d’information, les gouvernements et surtout les partis politiques. Les femmes se montrent systématiquement moins optimistes, tant pour l’impact personnel que sociétal.

S’agissant de journalisme, un « écart de confort » persiste. Seuls 12 % sont à l’aise avec des nouvelles entièrement produites par l’IA, 21 % si un humain vérifie, 43 % lorsque l’humain mène avec un appui IA, et 62 % pour des contenus entièrement humains, en hausse par rapport à 2024. Le public accepte surtout les usages en coulisses, correction grammaticale, 55 %, traduction, 53 %, mais se montre réticent face aux présentateurs artificiels, 19 %, ou à la création d’images réalistes en l’absence de photo, 26 %.

Les attentes vis-à-vis des qualités de l’information restent partagées. Beaucoup anticipent des nouvelles moins coûteuses à produire et plus à jour, +39 et +22 points nets, mais jugent qu’elles seront moins transparentes et moins dignes de confiance, −8 et −19. Seulement 33 % pensent que les journalistes vérifient « souvent » les sorties de l’IA avant publication, indicateur étroitement lié au niveau de confiance envers les médias.

Côté visibilité, 60 % ne voient pas régulièrement de fonctionnalités d’IA côté audience, résumés, robots conversationnels, audio ou vidéo générés, et seulement 19 % disent repérer chaque jour un étiquetage « fait avec l’IA », alors que 77 % consomment des nouvelles quotidiennement. Cette faible exposition publique peut expliquer une partie de l’incertitude et des réserves.

Que retenir pour les rédactions francophones et québécoises ? La valeur du « humain aux commandes » demeure un atout éditorial, surtout si l’IA est utilisée pour accélérer et fiabiliser des tâches invisibles au lecteur. La transparence sur les politiques IA, l’étiquetage clair, et la vérification systématique sont devenus des signaux de confiance. Enfin, les usages jeunes, plus orientés vers l’explication et le guidage, plaident pour des formats d’aide à la compréhension, résumés, glossaires, contextualisation, appuyés par l’IA mais validés par des journalistes.

Source : Reuters Institute

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