Quand un youtubeur ridiculise un cadenas et fait vaciller son fabricant

Sur YouTube, il s’appelle Trevor McNally. Ancien sergent des Marines, il est devenu une star du bricolage sécuritaire, cumulant plus de 7 millions d’abonnés et deux milliards de vues avec une formule simple : montrer à quel point certains cadenas se laissent ouvrir facilement. Une démarche légale, mais pas toujours appréciée des fabricants.

En mars 2025, la petite entreprise floridienne Proven Industries publie une vidéo vantant la résistance de son cadenas à attelage. Provocation ou défi involontaire, McNally s’en empare un mois plus tard : en quelques secondes, il ouvre le modèle vedette à l’aide d’une simple languette découpée dans une canette de boisson. La vidéo, visionnée près de dix millions de fois, tourne la marque en ridicule.

Plutôt que de corriger le problème, Proven Industries choisit la voie judiciaire. Le propriétaire, Ron Lee, multiplie les menaces sur les réseaux sociaux avant de poursuivre McNally pour huit motifs, dont diffamation, atteinte à la réputation et infraction au droit d’auteur. Le grief ? Avoir utilisé 15 secondes de leur vidéo promotionnelle et… siroté un jus de pomme en balançant les jambes, une attitude jugée « enfantine » et « moqueuse ».

Devant la cour fédérale de Tampa, la juge Mary Scriven balaie la demande d’injonction. Le geste de McNally relève, selon elle, de la critique et de l’usage loyal : « Il transforme la vidéo pour en faire une satire », tranche-t-elle. Le 7 juillet, l’entreprise abandonne la poursuite, après avoir essuyé un torrent de moqueries en ligne et une tempête de messages haineux qu’elle attribue, sans preuve, aux admirateurs du vidéaste.

Ce procès absurde a pourtant mis en lumière un point essentiel du droit numérique : la liberté de parodie et de critique demeure protégée, même face à des entreprises qui souhaitent contrôler leur image. Les tribunaux américains reconnaissent de plus en plus que la satire fait partie intégrante du débat public à l’ère des plateformes, et que la dérision, aussi piquante soit-elle, reste un outil de vigilance citoyenne.

Pour McNally, l’épisode s’est transformé en triomphe : ses vidéos ont connu une hausse spectaculaire d’audience, et plusieurs fabricants l’ont depuis contacté pour tester leurs produits, cette fois dans un esprit de transparence. Ironie du sort, Proven Industries aurait sans doute gagné en crédibilité en adoptant cette approche. Une leçon que bien d’autres marques devraient méditer avant d’attaquer leurs détracteurs à coups d’avocats.

Ironie du sort : Proven Industries savait initialement comment réagir avec humour et transparence, avant que la colère ne prenne le dessus. L’affaire restera comme un exemple parfait de l’effet Streisand : vouloir censurer une critique ne fait souvent qu’amplifier sa portée.

Source : ArsTechnica

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