
Dans sa chronique publiée dans Le Devoir, le professeur Pierre Trudel, spécialiste du droit des médias et des technologies à l’Université de Montréal, pose une question troublante : « Et si Donald Trump nous coupait Internet ? ». Il y évoque la dépendance extrême du Canada et de l’Europe à l’égard des infrastructures numériques contrôlées par les géants américains ( Google, Amazon, Microsoft, Apple et Meta ), une dépendance qui pourrait, selon lui, devenir une arme géopolitique entre les mains de la Maison-Blanche.
Depuis janvier dernier, j’évoque régulièrement cette hypothèse sur toutes les tribunes : celle d’un scénario où un gouvernement américain, pour des raisons politiques, pourrait ordonner aux GAFAM de restreindre, ralentir ou carréemnt suspendre leurs services à certains pays. Ce scénario, longtemps perçu comme improbable, n’a jamais semblé aussi plausible. La proximité nouvelle entre les dirigeants des grandes entreprises technologiques et la présidence Trump, dont plusieurs se sont engagés à « travailler main dans la main » avec Washington, fait craindre une utilisation politique des infrastructures numériques.
D’ailleurs, Pierre Trudel cite le cas du juge français Nicolas Guillou, privé d’accès à Google, Amazon, Microsoft, PayPal, Visa ou Mastercard après avoir inculpé des dirigeants israéliens pour crimes de guerre. Ce cas illustre, selon lui, la vulnérabilité des États dépendants de systèmes contrôlés par des acteurs américains soumis à la pression politique de Washington.
L’alerte vaut aussi pour le Canada. De Microsoft 365 à AWS, en passant par les plateformes de communication et de paiement, une immense partie de nos services publics, de nos universités et de nos entreprises s’appuie sur des solutions hébergées aux États-Unis. Une décision présidentielle suffirait, en théorie, à interrompre ces services. Et quand on connaît la rapidité avec laquelle certaines entreprises américaines se conforment aux directives de Washington, il n’est pas déraisonnable de s’inquiéter.
L’Europe, consciente du risque, avance sur la voie d’une souveraineté numérique accrue. Fin octobre, la Commission européenne a approuvé la création d’un cadre commun pour concevoir et gérer des infrastructures numériques transfrontalières dotées d’une gouvernance partagée. La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie s’y engagent déjà, avec l’objectif de bâtir un « modèle européen » fondé sur la coopération et la maîtrise de la donnée publique.
Le Canada, lui, reste timide. Certes, le budget Carney mentionne la nécessité de « protéger la souveraineté et la sécurité du Canada », mais les initiatives concrètes tardent. Pourtant, les solutions locales existent : centres de données canadiens, logiciels libres, plateformes souveraines… L’enjeu n’est pas seulement technologique : il est stratégique. Sans maîtrise de nos infrastructures, nous demeurons dépendants des décisions d’autrui.
La question posée par Pierre Trudel aujourd’hui dans Le Devoir dépasse le simple débat académique. Elle appelle une prise de conscience politique et citoyenne : voulons-nous continuer à bâtir nos sociétés numériques sur des fondations étrangères ? Parce qu’un jour, il pourrait suffire d’une « saute d’humeur » à Washington pour que l’écran s’éteigne.
Source : Le Devoir
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et si le Canada lui coupait la voie maritime du St-Laurent?
Les propos de M. Trudel ne sont pas sans fondements, mais ils sont tout de même un peu alarmistes.
Je doute fortement que les GAFA bloquent l’accès à leurs services à une nation entière sous ordre de Trump. C’est un pas qu’elles n’oseront jamais franchir, elles qui ont déjà perdu le marché chinois et qui vendraient leur âme au diable pour le reconquérir.
Elles savent très bien que se couper du Canada créera un précédent lourd de conséquences.Si Trump se lève de mauvaise humeur un matin et décide que c’est au tour de la France et le surlendemain du Royaume-Uni, où cela s’arrêtera-t-il ? Les GAFA ont sûrement déjà réfléchi à la question.
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