Internet sous pression : Freedom on the Net 2025 alerte sur un recul mondial historique

L’édition 2025 du rapport Freedom on the Net 2025, publiée par Freedom House, confirme une tendance inquiétante : la liberté sur Internet régresse pour une quinzième année consécutive. Le document, intitulé An Uncertain Future for the Global Internet, montre qu’entre juin 2024 et mai 2025, la situation s’est détériorée dans 27 des 72 pays évalués. Cette édition paraît alors même que Freedom House a été fortement affaiblie par la suspension de la majorité de ses financements gouvernementaux américains depuis janvier 2025, une décision qui a entraîné la fin de plus de 80 pour cent de ses programmes internationaux.

Malgré ces coupes, Freedom House a réussi à livrer l’étude grâce à l’appui de fondations et de donateurs individuels. Selon Kian Vesteinsson, analyste principal pour la technologie et la démocratie, l’organisation a dû revoir entièrement son fonctionnement, mettre fin à des contrats de longue date et s’appuyer davantage sur un réseau de chercheurs engagés.

Sur le fond, les conclusions sont sévères. Le rapport observe que les gouvernements continuent de renforcer la surveillance, de criminaliser l’expression en ligne et de perturber l’accès à Internet, notamment durant les périodes électorales et les manifestations. Le Kenya affiche la dégradation la plus marquée, tandis que le Bangladesh réalise la progression la plus notable après le renversement du gouvernement en août 2024. La Chine et le Myanmar demeurent les pays où la liberté numérique est la plus restreinte, alors que l’Islande reste en tête des environnements les plus libres.

Les démocraties ne sont pas épargnées. Neuf des dix-huit pays considérés comme Free ont vu leur score reculer, dont les États-Unis, l’Allemagne et la Géorgie. Le cas américain est particulièrement préoccupant. L’étude note que l’administration Trump a ordonné la détention prolongée de ressortissants étrangers pour des publications non violentes, tout en lançant des enquêtes perçues comme politisées visant des médias et des entreprises technologiques en raison de leurs décisions éditoriales ou de modération de contenu. S’y ajoute le démantèlement des programmes d’aide internationale destinés à lutter contre la censure numérique dans les pays autoritaires.

La manipulation de l’information atteint un niveau inédit. Selon Freedom on the Net 2025, 70 pour cent de la population mondiale vit désormais dans un pays où les autorités tentent d’influencer ou de contrôler les contenus en ligne, une progression alimentée par l’usage croissant de contenus générés par l’IA et par des réseaux d’influenceurs pro-gouvernementaux opérant sans divulgation. Le rapport observe également que l’anonymat en ligne traverse une crise, de plus en plus d’États adoptant des systèmes d’identification obligatoire présentés comme des mesures de protection des mineurs.

Le document examine trois pays où les enjeux politiques récents ont été déterminants. Au Brésil, les chercheurs détaillent un écosystème de manipulation numérique sophistiqué ayant servi les intérêts de Jair Bolsonaro, grâce à des relais actifs sur WhatsApp, YouTube et Telegram. Le pays investit aussi massivement dans une infrastructure d’IA souveraine, un projet de quatre milliards de dollars dont un quart confié à des entreprises publiques, ce qui pousse les organisations de défense des droits à exiger des garanties immédiates.

En Inde, classée partiellement libre, l’espace informationnel est saturé par la désinformation, notamment après un attentat au Cachemire suivi d’une escalade militaire avec le Pakistan. Les deux pays ont vu proliférer des contenus générés par l’IA visant à attiser les tensions et à brouiller les sources fiables. L’étude signale aussi les nombreuses fuites de données liées au système Aadhaar, qui ont exposé des millions de numéros d’identification et alimenté une hausse de la fraude.

Devant cette situation, Freedom House recommande l’adoption de régimes de protection des données compatibles entre démocraties, un effort collectif pour renforcer l’intégrité de l’information et le maintien des infrastructures numériques en période de crise. L’organisation réitère aussi la nécessité de préserver les protections accordées aux plateformes afin d’éviter une sur-modération qui limiterait la liberté d’expression.

Cette étude rappelle que la liberté numérique n’est plus un enjeu cantonné aux régimes autoritaires. Les décisions politiques prises dans les grandes démocraties influencent directement l’écosystème mondial, tandis que la généralisation des technologies d’identification, de surveillance et de manipulation algorithmique touche désormais l’ensemble des usagers d’Internet, indépendamment de leur pays.

Source : Tech Policy

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Un commentaire

  1. L’information est exceptionnelle et les choses semblent se compliquer. Merci beaucoup et bonne soirée

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