
L’agence créative Sid Lee amorce une transformation profonde pour intégrer l’intelligence artificielle au centre de son travail stratégique et créatif. Dans une entrevue accordée à La Presse, sa PDG mondiale, Marie-Lise Campeau, explique vouloir faire de l’IA un levier d’innovation capable d’amplifier l’expertise humaine au sein du groupe.
Pour la dirigeante, revenue à la tête de Sid Lee en février après un passage chez Ogilvy Canada, l’enjeu est clair: comprendre et maîtriser les nouveaux outils technologiques afin de générer un impact concret pour les clients. L’agence, forte de son héritage d’innovation, rappelle qu’elle avait conçu dès les années 1990 le premier site web du Cirque du Soleil.
L’approche adoptée repose sur une conviction ferme: aucune création ne peut exister sans intervention humaine. L’IA sert donc à élargir les possibilités créatives, à tester plus d’options et à accélérer certains processus, sans remplacer le rôle central des artisans. Cette vision a mené à la création d’un centre de recherche et développement où créatifs, stratèges et développeurs collaborent étroitement.
Dix agents d’intelligence artificielle sont déjà opérationnels à l’interne. L’objectif est ambitieux: offrir à chaque employé de Sid Lee son propre agent IA d’ici la fin de 2026. Une plateforme interne, lancée en janvier 2025, assure aussi une formation continue pour suivre l’évolution rapide de ces outils.
Les retombées sont tangibles. Pour les Studios Félix & Paul, Sid Lee a conçu un agent conversationnel en forme de renard, conçu pour prolonger l’expérience du spectacle Interstellar Arc à Las Vegas. L’agent maîtrise l’ensemble de la documentation du spectacle et permet au public d’en explorer les coulisses de manière interactive.
L’IA s’est également révélée décisive dans des projets urgents. Lorsque Donald Trump a imposé de nouveaux droits de douane au printemps, IGA souhaitait réagir sans délai. Sid Lee a réussi à produire en cinq jours une campagne 3D basée sur des images existantes de Ricardo, alors qu’un projet similaire aurait requis plusieurs mois de travail traditionnel.
La transformation touche toutes les divisions du groupe, de Sid Lee Sport aux États-Unis jusqu’à Yard en France, en passant par Digital Kitchen à Chicago, Haigo à Paris et Sid Lee Architecture à Montréal. Chaque entité opère de manière autonome mais partage la même culture créative et les mêmes outils.
Rachetée en 2015 par le groupe japonais Hakuhodo DY Holdings, Sid Lee conserve une large indépendance. Avec environ 335 employés, elle continue de fonctionner comme une grande start-up, capable de répondre à des mandats internationaux tout en préservant son identité artisanale.
Cette entrevue me rappelle celle que j’ai réalisée en août dernier avec le patron de Cossette. Dans cette entrevue, Louis Duchesne expliquait comment l’agence développait en interne une IA sur mesure pour exploiter son patrimoine de données accumulé depuis des décennies, études de cas, stratégies, créations, et en tirer un avantage concurrentiel. Si le sujet vous intéresse, l’entrevue est disponible ici.
Source : La Presse
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