
Selon des documents judiciaires rendus publics dans le cadre d’un recours collectif de districts scolaires américains, Meta aurait mis fin à une étude interne qui montrait une relation de cause à effet entre l’utilisation de Facebook et une hausse de symptômes liés à la santé mentale. Ces allégations figurent dans des dépôts non expurgés obtenus par Reuters et déposés le 22 novembre 2025 dans une action en justice visant Meta, Google, TikTok et Snapchat.
L’étude, menée en 2020 sous le nom de code Project Mercury, avait été réalisée avec Nielsen. Elle évaluait l’effet d’une désactivation temporaire de Facebook pendant une semaine. Les résultats rapportés dans les documents indiquent que les participants ayant quitté la plateforme déclaraient moins de dépression, moins d’anxiété, moins de solitude et moins de comparaison sociale. Ces conclusions ont déçu la direction, selon les pièces versées au dossier.
Plutôt que de poursuivre la recherche ou de publier les résultats, Meta aurait mis fin au projet en attribuant ces données négatives à un contexte médiatique défavorable. Pourtant, un chercheur interne évoqué dans les documents soutenait que les résultats étaient valides et soulignait qu’il existait bel et bien une causalité dans les effets observés. Un autre employé comparait le risque de dissimulation à celui d’une industrie du tabac consciente de la nocivité de ses produits.
Les documents allèguent aussi que Meta assurait publiquement ne pas pouvoir mesurer l’impact de ses produits sur les adolescents, malgré les conclusions internes du projet. Un porte-parole de Meta, Andy Stone, cité par Reuters, affirme que l’étude a été arrêtée à cause de faiblesses méthodologiques et soutient que l’entreprise travaille depuis longtemps à renforcer la sécurité des jeunes.
Le recours collectif, déposé par le cabinet Motley Rice pour des districts scolaires partout aux États-Unis, accuse Meta et d’autres plateformes d’avoir caché les risques connus de leurs produits aux parents, aux enseignants et aux utilisateurs. Les allégations concernent notamment l’encouragement tacite à l’usage par des enfants de moins de 13 ans, la gestion insuffisante de contenus liés à l’exploitation sexuelle des mineurs et la recherche de croissance malgré des risques documentés pour les jeunes.
Les documents cités par les plaignants détaillent également plusieurs accusations graves visant Meta. Elles comprennent la conception de fonctionnalités de sécurité jugées inefficaces, un seuil très élevé avant de retirer un utilisateur impliqué dans du trafic sexuel, des signaux internes montrant que l’optimisation de l’engagement augmentait l’exposition des adolescents à des contenus nocifs, ainsi qu’un report d’initiatives pour limiter le contact entre prédateurs et mineurs. Des échanges internes prêtés à Mark Zuckerberg indiquent par ailleurs que la sécurité des enfants ne figurait pas parmi ses priorités principales en 2021. Meta conteste ces affirmations et assure que ses politiques actuelles permettent de retirer immédiatement les comptes signalés pour trafic sexuel.
Meta juge que les accusations reposent sur des interprétations erronées et sur des extraits sortis de leur contexte. L’entreprise soutient que ses mesures de protection sont efficaces et que le dossier présenté par les plaignants ne reflète pas fidèlement le travail effectué pour encadrer la sécurité des adolescents. Les documents internes cités dans la procédure ne sont pas publics, et Meta tente de limiter l’ampleur de leur divulgation, tout en affirmant ne pas s’opposer à une publication partielle.
Source : Reuters
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