
Amazon Web Services veut profiter de la vague de l’intelligence artificielle pour reprendre l’initiative dans le nuage. À la veille de re:Invent à Las Vegas, dans une entrevue avec Wired, son patron Matt Garman défend une stratégie simple, proposer une IA moins coûteuse, plus fiable et livrée à très grande échelle, tout en restant dans le cadre familier d’AWS pour les entreprises. Cette approche doit permettre à Amazon de répondre à la progression de Microsoft Azure et de Google Cloud depuis l’arrivée de ChatGPT.
Dans l’entretien accordé à Wired, Garman décrit un glissement subtil mais important, selon lui, on ne construit plus des applications « d’IA », on construit des applications qui intègrent de l’IA. Concrètement, AWS veut que Bedrock, sa plateforme d’IA, devienne l’interface centrale où les clients accèdent à un catalogue de modèles de fondation, tout en conservant les politiques de sécurité, de gouvernance de données et de fiabilité auxquelles ils sont habitués sur AWS.
Les annonces de re:Invent s’inscrivent dans ce récit. Amazon met en avant sa série de modèles Nova, présentée comme plus économique, et des agents capables d’automatiser des tâches de développement logiciel ou de cybersécurité. À cela s’ajoute Forge, une nouvelle offre qui permet aux entreprises d’entraîner, à moindre coût, des modèles sur leurs propres données, sur l’infrastructure d’AWS. L’objectif est clair, offrir la panoplie complète, des puces et centres de données jusqu’aux modèles et agents, afin de garder les clients au sein de l’écosystème maison.
Le contexte concurrentiel reste toutefois délicat. Historiquement, AWS a dominé l’ère du téléphone intelligent. Mais depuis l’explosion de l’IA générative, Google et Microsoft affichent des taux de croissance plus rapides dans le nuage, en misant sur une intégration très serrée de leurs modèles phares, Gemini d’un côté, l’écosystème OpenAI de l’autre. Garman assure que cette période de doute est en train de se résorber et cite les bons résultats du troisième trimestre d’AWS pour défendre sa stratégie.
En interne, l’IA est déjà en train de transformer le fonctionnement d’Amazon. En octobre, le groupe a annoncé la suppression de 14 000 postes, une restructuration justifiée en partie par les investissements nécessaires dans l’IA. Garman raconte qu’une équipe interne qui prévoyait de réécrire un large pan de code en 18 mois avec une trentaine de personnes a finalement achevé le travail en 71 jours avec six personnes, en s’appuyant sur des outils d’IA et des agents qui écrivent du code sous la supervision des développeurs.
Cette accélération n’enthousiasme pas tout le monde. Plus de 1 000 employés anonymes ont signé une pétition pour dénoncer ce qu’ils qualifient de déploiement « agressif » de l’IA, qu’ils jugent potentiellement dommageable pour l’environnement. Interrogé sur les agents, Garman insiste surtout sur leur gestion, selon lui ces systèmes sont les plus efficaces lorsqu’on leur confie des tâches que les humains maîtrisent déjà, et ils doivent être vus comme des amplificateurs de productivité, pas comme des remplaçants directs des équipes.
Les clients d’AWS commencent eux aussi à exploiter ces outils à grande échelle. Reddit, par exemple, a utilisé Forge pour entraîner un modèle sur des millions de décisions de modération de contenu, toujours selon AWS. Le résultat serait un système doté d’une forme « d’intuition sociale », capable d’aider à modérer les communautés en tenant compte des nuances propres à chaque sous-forum, un cas concret que le groupe met en avant pour illustrer la valeur immédiate de ses services d’IA.
Sur le plan financier, Matt Garman se montre plus prudent sur la frénésie qui entoure certains laboratoires d’IA naissants. Il cite en exemple ces jeunes pousses valorisées à plusieurs milliards de dollars alors qu’elles n’ont pas encore de produit déployé ni de base de code significative, et considère que ce sont elles qui sont les plus exposées en cas de retournement. Amazon, de son côté, justifie ses dépenses par des usages bien identifiés, l’entreprise dit avoir ajouté 3,8 gigawatts de capacité d’infrastructure en douze mois et annonce jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements dans des centres de données d’IA pour le gouvernement américain, tout en affirmant que chaque nouvelle capacité trouvait preneur dès sa mise en ligne.
Au-delà des chiffres, la vraie question est stratégique. Une partie de l’industrie parie sur l’IA comme rupture radicale, qui impose de repenser complètement la conception des produits et des services numériques. Dans cette vision, disposer des capacités d’IA les plus avancées deviendrait la condition essentielle pour rester compétitif. Si ce scénario se confirme, les acteurs qui, comme Microsoft et Google, misent sur des modèles de tout premier plan pourraient se retrouver en position de force face à un AWS davantage centré sur l’industrialisation, la fiabilité et le coût.
En attendant, Amazon choisit une approche plus terre-à-terre, investir massivement dans l’infrastructure, multiplier les modèles et les agents, mais toujours dans une logique de service cloud, avec la promesse de rendre l’IA « en production » accessible à un maximum d’entreprises. L’avenir dira si cette stratégie suffira pour conserver la couronne du nuage à l’ère de l’intelligence artificielle, ou si la prochaine phase de la course à l’IA privilégiera les paris les plus audacieux sur la super-intelligence.
Source : Wired
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Un excellent texte avec un avenir très noir pour les emplois. Merci beaucoup et bonne soirée