OpenAI s’impose dans les universités grâce à des rabais agressifs sur ChatGPT

OpenAI a conquis les universités américaines grâce à une stratégie tarifaire agressive, qui lui a permis de s’imposer rapidement comme l’outil d’IA dominant sur les campus. Selon des documents examinés par Bloomberg, l’entreprise a vendu plus de 700 000 licences ChatGPT à environ 35 universités publiques, en facturant en moyenne autour de 2,50 dollars par utilisateur et par mois, soit un prix sans commune mesure avec les 30 dollars mensuels généralement demandés pour Microsoft Copilot.

Cette différence de prix a joué un rôle déterminant. À l’automne, étudiants et membres du personnel ont utilisé ChatGPT plus de 14 millions de fois sur 20 campus disposant de contrats avec OpenAI. Cela représente en moyenne 176 interactions par utilisateur sur un seul mois, principalement pour l’aide à la rédaction, la recherche et l’analyse de données. Cette adoption massive s’est produite en quelques mois, là où les universités se montraient encore réticentes face à l’IA générative moins de deux ans auparavant.

Les chiffres disponibles sous-estiment probablement l’ampleur réelle du phénomène. Les universités privées ne sont pas soumises aux lois sur l’accès à l’information, ce qui rend leurs contrats difficiles à documenter. OpenAI affirme toutefois avoir vendu bien plus d’un million de licences à des établissements d’enseignement supérieur à l’échelle mondiale, information confirmée par un porte-parole de l’entreprise. De son côté, Microsoft indique que de nombreuses universités utilisent un éventail de ses produits d’IA, sans préciser les volumes.

La stratégie d’OpenAI s’inscrit dans une tradition bien connue de l’industrie technologique. Apple, avec ses rabais éducation et ses campagnes de rentrée scolaire, ou Google, avec les Chromebook et ses applications gratuites, ont longtemps cherché à fidéliser les étudiants dès leurs études. OpenAI applique désormais cette logique à l’intelligence artificielle, en misant sur la popularité de ChatGPT et sur des remises importantes pour créer un réflexe d’usage durable.

Dans plusieurs cas, le facteur économique a clairement fait pencher la balance. Le système de l’Université d’État de Californie, qui regroupe environ 500 000 étudiants et employés, a évalué plusieurs outils avant de retenir ChatGPT, jugé à la fois le plus abordable et le plus familier pour les étudiants. Le contrat prévoit un paiement annuel de 15 millions de dollars à OpenAI. Selon Ed Clark, directeur des systèmes d’information du réseau, Microsoft Copilot aurait coûté environ 30 dollars par utilisateur et par mois, contre l’équivalent de 2,50 dollars pour ChatGPT.

À l’Université d’État de l’Arizona, l’un des plus grands établissements du pays, l’accès à ChatGPT a été étendu à l’ensemble de la communauté universitaire. Près de 10 000 étudiants et 6 400 employés ont utilisé ces licences entre septembre et fin novembre, selon un porte-parole de l’institution. Là encore, le choix s’explique par une volonté de préparer les étudiants au marché du travail. Anne Jones, vice-rectrice aux études de premier cycle, résume la position de nombreux administrateurs en affirmant que l’option de ne pas utiliser l’IA n’existera plus, car les employeurs attendent des diplômés qu’ils sachent travailler avec ces outils.

Ce virage contraste fortement avec l’attitude observée au début de l’ère ChatGPT. Craignant une explosion du plagiat et de la triche, plusieurs universités avaient interdit ou limité l’usage des robots conversationnels. Ces restrictions ont souvent poussé les étudiants à utiliser les outils de manière informelle, hors de tout cadre pédagogique. Progressivement, les établissements ont opté pour une approche plus pragmatique, cherchant à définir des règles d’utilisation plutôt qu’à tenter d’endiguer un usage devenu quasi inévitable.

OpenAI a accompagné ce changement en renforçant sa présence dans le secteur de l’éducation. L’entreprise a recruté des équipes de vente spécialisées et embauché Leah Belsky, ancienne dirigeante de Coursera, aujourd’hui vice-présidente éducation chez OpenAI. Avant les examens de printemps 2025, ChatGPT a même été rendu gratuit pour les étudiants, soutenu par une vaste campagne de promotion. Dans le système californien, OpenAI est allé jusqu’à recruter des ambassadeurs étudiants pour encourager l’adoption de l’outil.

Microsoft n’est pas resté immobile. L’entreprise a commandité des études sur l’usage de l’IA dans l’enseignement et propose déjà une version de base de son robot conversationnel aux établissements utilisant ses logiciels. Récemment, elle a annoncé une baisse de prix pour Copilot destiné au milieu universitaire, passant d’environ 30 à 18 dollars par mois. Un porte-parole rappelle que Microsoft collabore avec les universités depuis des décennies pour soutenir leurs besoins académiques et opérationnels.

Les pouvoirs publics commencent également à intervenir. En décembre, l’administration Trump a annoncé de nouvelles priorités de subventions fédérales pour l’enseignement supérieur, dont une enveloppe de 50 millions de dollars destinée à élargir l’accès à l’IA et à en favoriser l’usage pédagogique. Cette impulsion politique renforce la pression sur les établissements qui hésitent encore à formaliser leur adoption.

Malgré cet engouement, les doutes persistent. À Bowdoin College, un don de 50 millions de dollars du président de Netflix, Reed Hastings, finance un programme de recherche sur les effets de l’IA sur l’enseignement. Eric Chown, professeur chargé de ce projet, estime que l’IA peut alléger certaines tâches administratives, mais que son efficacité pédagogique reste à démontrer. Il craint que certaines universités signent des accords avec OpenAI davantage par peur d’être dépassées que sur la base de preuves solides de bénéfices éducatifs.

Les usages observés varient fortement d’un campus à l’autre. À l’Université du Nebraska à Omaha, une enquête menée au printemps 2025 indique que 92 pour cent des utilisateurs recommanderaient ChatGPT, la plupart évoquant un gain de une à cinq heures par semaine. À l’Université de l’Illinois à Urbana Champaign, une minorité de professeurs concentre l’essentiel des usages, tandis que la majorité y recourt très occasionnellement, selon les données internes communiquées par l’établissement.

Ces disparités expliquent pourquoi certaines universités avancent prudemment. À Urbana Champaign, la direction a renoncé aux rabais les plus importants afin de rassurer le corps professoral sur des enjeux sensibles comme le plagiat et la sécurité des données. Pour OpenAI, l’enjeu est clair. En s’installant massivement sur les campus, l’entreprise espère faire de ChatGPT l’assistant par défaut de la prochaine génération de travailleurs, avant que ses concurrents ne comblent l’écart.

Source : LA Times

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