
Pendant plusieurs années, le télétravail s’est imposé comme une solution durable, d’abord pour des raisons sanitaires, puis comme nouvelle norme organisationnelle. Mais selon une étude que viennent de publier la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l’Institut de développement urbain et Montréal centre-ville, cette transformation dépasse largement la sphère des entreprises. Elle affecte désormais la productivité collective, la vitalité du centre-ville et la capacité économique de la métropole.
Le document avance une thèse centrale : soit que le présentiel fréquent ne serait plus un vestige du passé, mais bien un levier structurant pour la performance des organisations et pour l’équilibre urbain de Montréal.
À l’échelle internationale, les grands centres d’affaires ont amorcé un retour marqué au bureau. Paris, Singapour et New York affichent désormais plus de trois jours de présence par semaine en moyenne. Montréal, avec 2,7 jours, se situe au bas du classement analysé. Cette différence place la métropole en situation de retard, alors que plusieurs grandes entreprises et administrations publiques ailleurs ont fait du présentiel un objectif explicite de performance.
Au Québec, ce décalage est accentué par la fonction publique et les organisations parapubliques. Malgré l’augmentation des effectifs, la présence au bureau n’a pas retrouvé son niveau prépandémique. Le centre-ville fonctionne ainsi sur un rythme fragmenté, concentré sur deux ou trois journées par semaine, insuffisant pour soutenir une activité économique stable.
Les conséquences économiques sont déjà mesurables. Un travailleur présent cinq jours par semaine au centre-ville dépense en moyenne 106 dollars par semaine dans les commerces, restaurants et services. Or, avec une présence moyenne de 2,79 jours, ce sont environ 14 millions de dollars par semaine qui ne circulent plus dans l’économie du cœur de la ville. Les secteurs les plus touchés sont la restauration du midi, les cafés, les commerces de détail et les institutions culturelles.
Sur le plan organisationnel, l’étude distingue deux formes de productivité. La productivité formelle, liée à l’exécution individuelle des tâches, se maintient relativement bien en télétravail. En revanche, la productivité informelle, celle qui repose sur les échanges spontanés, la coordination et la créativité collective, recule nettement à distance. Des recherches citées montrent qu’un travail entièrement à distance peut entraîner une baisse de productivité réelle allant de 18 % à 27 %, même lorsque les employés ont le sentiment d’être plus efficaces.
Les effets humains sont également documentés. Le télétravail prolongé accroît la solitude quotidienne, réduit les occasions de socialisation et favorise la sédentarité. La proportion de personnes atteignant un niveau de marche jugé actif est passée de près de la moitié de la population avant la pandémie à environ un tiers en 2025. Le bureau, selon l’étude, joue encore un rôle clé dans la santé mentale, la transmission des savoirs et le développement des compétences.
Un autre enjeu soulevé concerne l’équité professionnelle. Les employés majoritairement à distance disposent de moins d’occasions de visibilité, de mentorat informel et de réseautage. Or, ce sont souvent les femmes et les parents aidants qui recourent davantage au télétravail, ce qui pourrait accentuer des écarts de carrière déjà existants.
Les auteurs ne plaident toutefois pas pour un retour rigide au modèle d’avant 2020. Ils proposent plutôt une redéfinition du présentiel. Le bureau devient un outil stratégique, destiné à favoriser la collaboration, la cocréation, la prise de décision rapide et le sentiment d’appartenance. En parallèle, les apprentissages du télétravail sont intégrés, notamment par la protection de véritables plages de concentration et une plus grande autonomie dans l’organisation du travail.
Au-delà des entreprises, c’est le rôle économique de Montréal qui est en jeu. Le centre-ville concentre les sièges sociaux, les universités, les institutions culturelles et une part importante de l’emploi qualifié. Son affaiblissement compromet la capacité de la métropole à jouer son rôle de moteur économique pour l’ensemble du Québec.
Selon les calculs présentés dans l’étude, chaque journée supplémentaire passée au bureau pourrait générer un gain de productivité d’environ 3,6 %. À l’échelle de Montréal, un retour à cinq jours de présence représenterait jusqu’à 14,6 milliards de dollars de richesse additionnelle.
Leur conclusion est sans équivoque. Le travail n’est pas qu’une affaire d’organisation interne ou de préférences individuelles. Il structure l’économie urbaine, les finances publiques et la cohésion sociale. Maintenir un modèle hybride sans cadre clair risque d’installer une fragilité durable. Repenser le présentiel comme un projet collectif apparaît désormais comme une condition essentielle pour préserver la vitalité économique et sociale de la métropole.
Source : ccmm
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