
Près d’un adulte montréalais sur quatre passe aujourd’hui trop de temps devant un écran. Une tendance en nette progression qui soulève des inquiétudes sur les plans de la santé physique et mentale.
Selon une enquête menée entre mars et juin derniers auprès de 4 000 adultes par la Direction régionale de santé publique de Montréal, en collaboration avec une professeure de l’Université Concordia, l’usage intensif des appareils numériques a fortement augmenté depuis 2018. Près de 23 % des adultes de la métropole utilisent désormais des écrans à des fins de loisirs pendant quatre heures ou plus par jour, en dehors du travail, un seuil que la santé publique considère comme préoccupant.
Plus largement, 68,5 % des adultes montréalais consacrent plus de deux heures quotidiennes à des activités de loisir sur écran, une hausse de 13 % en sept ans. En 2018, ils étaient nettement moins nombreux à dépasser ce cap.
Les jeunes adultes de 18 à 34 ans demeurent les plus touchés par cet usage intensif, avec une proportion de 39 %. Fait notable, les personnes âgées de 65 ans et plus arrivent en deuxième position, près de 30 % d’entre elles étant concernées. Les adultes vivant seuls sont également surreprésentés parmi les grands utilisateurs d’écrans.
Le rapport de la santé publique souligne que cette augmentation du temps d’écran comporte des risques clairs pour la santé physique, notamment en réduisant le temps consacré à l’activité physique, ce qui peut favoriser l’embonpoint et nuire à la santé cardiovasculaire. Des effets négatifs sur la santé mentale sont aussi documentés, même si leur ampleur dépend largement du type d’usage.
Jean-François Biron, principal auteur du rapport et expert en hyperconnectivité à la Direction régionale de santé publique de Montréal, rappelle que les habitudes numériques intensives sont désormais reconnues comme un facteur de risque par une littérature scientifique de plus en plus abondante. Il précise toutefois que tous les usages ne se valent pas et que l’expérience vécue par les individus peut varier considérablement.
Cette diversité se reflète dans les perceptions des répondants. Près de 44 % estiment que leur usage des écrans contribue à leur bien-être, tandis que 18 % jugent qu’il a un effet négatif sur leur qualité de vie. Les aînés sont plus nombreux à percevoir positivement leur temps d’écran, alors que cette proportion chute nettement chez les adultes de 25 à 34 ans.
Le rapport souligne aussi une fracture socioéconomique marquée. Les personnes à faible revenu sont beaucoup plus susceptibles d’avoir un usage intensif des écrans. Plus de 42 % des répondants gagnant 25 000 dollars ou moins par année se trouvent dans cette situation, contre seulement 15,5 % chez ceux dont le revenu dépasse 100 000 dollars.
Dans ce contexte, la santé publique plaide pour une approche nuancée, qui vise à réduire l’intensité des usages numériques sans culpabilisation, tout en favorisant l’accès à des activités alternatives. Jean-François Biron rappelle que diversifier ses loisirs demeure plus difficile pour les personnes disposant de moyens financiers limités, ce qui souligne l’importance de proposer des solutions accessibles et inclusives pour réduire la dépendance aux écrans.
Source : Direction régionale de santé publique de Montréal, Le Devoir
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