
Apple revoit en profondeur sa stratégie en intelligence artificielle. En coulisses, l’entreprise a opéré un virage majeur en s’appuyant désormais sur la technologie Gemini de Google pour relancer Siri, tout en préparant deux versions distinctes de son assistant vocal et en redistribuant les cartes au sommet de son organisation.
Selon les informations rapportées par Bloomberg, ce changement s’est amorcé après un constat interne difficile. Le lancement d’Apple Intelligence a déçu, la nouvelle version de Siri a accumulé les retards et la comparaison avec ChatGPT ou Gemini a tourné à l’avantage des concurrents. À l’été 2025, la direction logicielle d’Apple a envisagé de mettre temporairement de côté ses propres modèles d’IA au profit d’une solution externe.
Cette hypothèse a provoqué un choc en interne. Les équipes chargées des modèles fondamentaux ont rapidement compris que la stratégie maison atteignait ses limites. Malgré un discours rassurant de la direction, les départs se sont multipliés, y compris celui de Ruoming Pang, alors responsable du groupe. Dans le même temps, Apple évaluait plusieurs partenaires potentiels, dont Anthropic et OpenAI.
Les discussions avec Anthropic ont achoppé sur les conditions financières. Un partenariat avec OpenAI soulevait des enjeux stratégiques plus larges, notamment le recrutement agressif d’ingénieurs d’Apple et les ambitions matérielles de la jeune pousse. Restait Google. Longtemps jugée improbable, cette option a gagné en crédibilité à mesure que les performances de Gemini progressaient et que le cadre juridique du partenariat de recherche sur Safari se stabilisait.
À l’automne 2025, Apple et Google ont finalisé un accord. Gemini alimente désormais la nouvelle génération de Siri et certaines fonctions d’Apple Intelligence. Dans un premier temps, les modèles tournent sur l’infrastructure Private Cloud Compute d’Apple. À moyen terme, les versions les plus avancées devraient s’exécuter directement sur les centres de données de Google, optimisés par ses processeurs spécialisés.
Deux Siri sont donc en préparation. La première version arrive avec iOS 26.4, attendue en version bêta en février puis en diffusion au printemps. Elle permet enfin à l’assistant d’exploiter les données personnelles et le contenu affiché à l’écran. En interne, Apple présente ce système comme un modèle maison, Apple Foundation Models version 10, fort d’environ 1 200 milliards de paramètres, mais il repose sur la technologie Gemini.
La seconde version, bien plus ambitieuse, sera dévoilée au printemps lors de la WWDC 2026. Baptisée Campos en interne, elle accompagnera iOS 27, iPadOS 27 et macOS 27. Siri devient alors conversationnel, capable de conserver le contexte et d’échanger sur la durée, un standard déjà établi par ChatGPT ou Copilot. Cette mouture s’appuiera sur Apple Foundation Models version 11, étroitement dérivé de Gemini 3.
Ce recentrage technologique s’accompagne d’un changement de gouvernance. Craig Federighi, responsable du logiciel, a pris la main sur la stratégie IA au début de 2025, avec l’aval de Tim Cook. Dans ce mouvement, John Giannandrea, jusque-là en charge de l’intelligence artificielle, a été progressivement mis à l’écart avant son départ acté en décembre. Son influence sur les projets structurants, comme Safari orienté IA ou le moteur de réponses World Knowledge Answers, a été réduite.
Apple a également revu sa feuille de route applicative. Les projets de robots conversationnels distincts dans Safari, Musique ou Santé ont été ralentis. L’entreprise privilégie désormais une intégration transversale de Siri dans ses applications clés, au lieu d’une multiplication d’outils spécialisés. Cette approche vise à simplifier l’expérience utilisateur, tout en limitant les risques techniques.
En parallèle, Apple prépare une année 2026 chargée sur le plan matériel. De nouveaux MacBook Air et Pro, un Mac Studio, un Mac mini et un ordinateur portable plus abordable figurent au programme. La direction du design, symbole historique de la culture Apple, a été confiée à John Ternus, responsable du matériel, un signal fort pour celui que plusieurs observateurs voient comme un successeur potentiel de Tim Cook.
Ce partenariat avec Google marque une rupture culturelle pour Apple. L’entreprise accepte de traiter les grands modèles d’IA comme une ressource externe, comparable au stockage ou au cloud, plutôt que comme une technologie entièrement maîtrisée en interne. À court terme, ce choix vise l’efficacité. À long terme, il pose une question centrale: Apple pourra-t-elle, un jour, reprendre le contrôle complet de son intelligence artificielle, ou s’installera-t-elle durablement dans une logique d’alliance.
Source : Bloomberg
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Un excellent texte mais ça prend des connaisseurs pour saisir le bien fondé de tout cela. Bonne soirée