La France veut remplacer Microsoft Teams et Google Meet par Visio, un outil souverain pour les appels vidéo

Le gouvernement français entend réduire sa dépendance aux plateformes américaines de visioconférence. Dans un communiqué diffusé aujourd’hui, Bercy annonce la généralisation de Visio, un outil développé par l’État, avec l’objectif de remplacer progressivement Microsoft Teams, Google Meet, Zoom ou WebEx dans l’administration.

Le projet est piloté par la Direction interministérielle du numérique, la DINUM, sous l’autorité du ministère chargé de la Fonction publique. D’ici 2027, l’ensemble des services de l’État devront utiliser Visio pour leurs réunions à distance. Le contexte géopolitique pèse lourd dans cette décision. Les tensions récentes entre les États-Unis et l’Europe, et la crainte de pressions politiques ou commerciales, ont ravivé le débat sur la souveraineté numérique.

Visio se veut une solution intégralement française. L’hébergement des données est assuré par Outscale, filiale de Dassault Systèmes, certifiée SecNumCloud par l’ANSSI. Ce choix vise à garantir que les données de l’administration ne soient pas soumises aux lois extraterritoriales américaines. Le gouvernement présente cet hébergement comme un élément central de la stratégie de protection des informations sensibles.

L’outil intègre également des briques d’intelligence artificielle issues de l’écosystème français. La transcription automatique des réunions repose sur les technologies de Pyannote, spécialisée dans la séparation des locuteurs. Le sous-titrage en temps réel, attendu pour l’été 2026, s’appuiera sur des modèles développés par le laboratoire Kyutai, soutenu notamment par Xavier Niel. Selon l’État, environ 40 000 agents testent déjà Visio, avec des bascules prévues dès le premier trimestre 2026 pour le CNRS, l’Assurance maladie et le ministère des Armées.

Reste la question de l’adoption. Les outils américains dominent largement les usages, portés par leur simplicité et leur intégration aux suites bureautiques existantes. Teams est inclus dans Microsoft 365, Zoom s’est imposé comme un standard et Google Meet fonctionne avec un simple lien. Changer ces habitudes représente un défi organisationnel et culturel pour l’administration.

Pour Bercy, l’enjeu est autant stratégique qu’économique. Le ministère avance qu’abandonner les licences payantes des géants américains permettrait d’économiser environ un million d’euros par an pour chaque tranche de 100 000 utilisateurs. Au-delà des coûts, l’argument central reste celui de la sécurité. Laisser transiter des échanges sensibles par des infrastructures étrangères est perçu comme un risque, en particulier pour des institutions comme le ministère des Armées ou les organismes de recherche.

Visio n’est pour l’instant destiné qu’aux agents publics, et le gouvernement ne précise pas s’il sera un jour ouvert au grand public. L’initiative s’inscrit toutefois dans un mouvement plus large de reconquête de la souveraineté numérique, qui dépasse la visioconférence et touche aussi les messageries sécurisées ou, à l’échelle européenne, les systèmes de paiement. Une bataille longue, dans un environnement où les usages sont déjà solidement installés.

Source : Numerama, Generation-nt, Visio

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