Le filtrage des appels sur iPhone bouscule les codes et agace les élites

L’arrivée du filtrage automatique des appels sur l’iPhone, déjà présent sur Android, est en train de modifier en profondeur les codes de la communication téléphonique, y compris chez les élites économiques et médiatiques. Une fonctionnalité conçue pour bloquer les appels indésirables agit désormais comme un assistant personnel numérique, au grand agacement de certains dirigeants, investisseurs et célébrités.

Introduite avec iOS 26, la fonction de filtrage d’appels d’Apple demande aux numéros inconnus de s’identifier et d’expliquer la raison de leur appel. La réponse est transcrite à l’écran, laissant au destinataire le choix de répondre, de refuser ou de rappeler plus tard. L’objectif est clair, freiner la vague persistante de démarchage automatisé qui submerge encore les utilisateurs américains.

Mais cette barrière numérique produit des effets inattendus. À Hollywood comme dans la Silicon Valley, joindre certains interlocuteurs est devenu plus compliqué. Des avocats influents, des investisseurs et des figures médiatiques découvrent que leurs appels sont désormais filtrés par une voix synthétique, même lorsqu’ils appellent depuis des lignes professionnelles pourtant légitimes.

Pour beaucoup, l’irritation est tempérée par la réalité du problème. Les États-Unis reçoivent encore plus de deux milliards d’appels automatisés chaque mois, selon les données d’organismes de défense des consommateurs. Dans ce contexte, le filtrage apparaît comme un mal nécessaire, même pour ceux qui se retrouvent eux-mêmes stoppés par le système.

Le phénomène s’inscrit aussi dans une évolution plus large des usages. Les appels téléphoniques spontanés sont en net recul, en particulier chez les plus jeunes générations, qui privilégient les messages texte et les applications de communication. Plusieurs investisseurs connus, dont Mark Cuban et Jason Calacanis, affirment ne répondre qu’aux appels planifiés ou précédés d’un message.

Le filtrage d’appels n’est pas une nouveauté absolue. Google propose depuis 2018 une fonction similaire sur les téléphones Pixel. Mais l’intégration par Apple a donné une ampleur nouvelle au phénomène, tant la base d’utilisateurs de l’iPhone est vaste dans les milieux d’affaires et de création.

Pour certains professionnels, l’impact est très concret. Des entrepreneurs expliquent que cette fonction a rendu leur téléphone à nouveau utilisable après des années de sollicitations commerciales incessantes, souvent liées à l’exposition publique de leur numéro personnel. Le filtrage agit alors comme un premier rempart, sans intervention humaine.

D’autres y voient un changement de normes sociales. Appeler quelqu’un sans prévenir devient de plus en plus mal perçu, presque intrusif. Des investisseurs reconnaissent passer eux-mêmes moins d’appels, préférant annoncer leur intention par message avant de composer un numéro. Le filtrage automatique ne fait que formaliser cette nouvelle étiquette implicite.

En filigrane, la technologie joue un rôle proche de celui qu’occupait autrefois l’assistant personnel des grands dirigeants, chargé de trier les sollicitations. Une comparaison souvent faite avec Michael Ovitz, figure emblématique d’une époque où l’accès aux décideurs passait par plusieurs filtres humains.

Si le filtrage d’appels n’a pas été conçu pour imiter ces pratiques, il en reproduit aujourd’hui certains effets. Dans un environnement saturé de sollicitations et de tentatives de fraude, le téléphone n’est plus un canal ouvert par défaut. Pour les riches et les puissants comme pour le grand public, l’assistant est désormais dans la poche, et il ne décroche que sur invitation.

Source : WSJ

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