Clonage de voix par IA : des doubleurs français lancent une offensive judiciaire

Huit comédiens de doublage français ont engagé une action collective contre deux entreprises américaines d’intelligence artificielle, accusées d’avoir cloné leur voix sans autorisation. Dans des mises en demeure envoyées le 30 janvier, ils exigent que VoiceDub et Fish Audio retirent sous huit jours les modèles exploitant leurs voix et réclament chacun 20 000 euros de dommages et intérêts.

Ces professionnels, qui ont prêté leur voix à des vedettes hollywoodiennes comme Julia Roberts ou Richard Gere, ainsi qu’à des personnages d’animation emblématiques, dénoncent une exploitation commerciale illégitime. Les plateformes visées proposent, contre paiement, de faire lire des textes avec des voix issues d’un vaste catalogue, incluant des personnalités publiques et des figures reconnues du doublage français.

Parmi les plaignants figure Françoise Cadol, voix française notamment d’Angelina Jolie et de Sandra Bullock. Elle affirme avoir immédiatement reconnu son timbre, malgré de légères altérations, et dénonce une utilisation commerciale sans consentement. Selon elle, ces pratiques assèchent déjà les opportunités de travail dans le milieu du doublage.

Face à ce qu’ils perçoivent comme une menace structurelle pour leur profession, plusieurs comédiens ont récemment créé le collectif TouchePasMaVF, qui revendique un doublage réalisé par des humains. La démarche judiciaire vise aussi à interpeller les pouvoirs publics afin de faire émerger des mécanismes de protection concrets.

Richard Darbois, voix française de Richard Gere, Patrick Swayze ou Buzz l’Éclair, a rejoint l’initiative. Il dénonce le fait que sa voix puisse être utilisée pour tenir n’importe quel propos, sans contrôle ni rémunération, et pointe un vide juridique persistant.

Le débat dépasse le cadre français. En 2023, Scarlett Johansson avait déjà dénoncé l’utilisation non autorisée de sa voix par OpenAI, poussant l’entreprise à faire marche arrière. Plus récemment, Matthew McConaughey a entrepris des démarches pour protéger juridiquement son image et sa voix contre des usages automatisés.

Pour l’avocat des plaignants, Jonathan Elkaim, la voix constitue un élément protégé par le droit d’auteur et le droit à la vie privée. Il estime que la loi française s’applique dès lors que ces services ciblent le public français et sont accessibles depuis la France. En l’absence de réponse des plateformes, une action en justice est annoncée.

Source : Le Monde

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