Sam Altman et OpenAI, l’ambition de bâtir l’infrastructure de l’ère de l’IA

Credit : ChatGPT

À 40 ans, Sam Altman est devenu l’une des figures centrales de la transformation numérique contemporaine. À la tête de OpenAI, il a propulsé l’intelligence artificielle générative dans le quotidien de centaines de millions d’utilisateurs avec ChatGPT, tout en bâtissant une entreprise désormais valorisée autour de 500 milliards de dollars. Une trajectoire qui place Altman dans la lignée des grands architectes technologiques, davantage stratège et catalyseur que véritable inventeur.

Dans ses bureaux de San Francisco, Altman cultive une fascination assumée pour les grandes ruptures technologiques. Parmi les objets qu’il conserve figurent une hache préhistorique, une épée de bronze vieille de plusieurs millénaires, une pale de moteur du Concorde et une ancienne puce graphique ayant servi à entraîner les premières versions de ChatGPT. Pour lui, ces artefacts racontent tous la même histoire, celle de couches successives d’innovation qui redéfinissent le monde à chaque génération.

Altman s’inscrit dans une tradition bien américaine d’entrepreneurs dont l’impact tient moins à la découverte scientifique qu’à la capacité de transformer une technologie émergente en infrastructure dominante. À l’image de Steve Jobs ou Bill Gates avant lui, il s’intéresse surtout aux systèmes sous-jacents sur lesquels reposera l’économie de demain. Aujourd’hui, ChatGPT revendique plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires et OpenAI a généré plus de 13 milliards de dollars de revenus l’an dernier, tout en préparant une nouvelle levée de fonds massive qui pourrait porter sa valorisation bien au-delà.

Cette ascension fulgurante a nourri une forme de mythologie autour d’Altman. Des dirigeants comme Bob Iger, Brian Chesky ou Jony Ive saluent sa capacité à anticiper les grands basculements. D’anciens mentors, comme Paul Graham, soulignent plutôt son talent pour convaincre et entraîner les autres dans ses paris. Derrière son style discret et son ton mesuré, Altman cultive pourtant une vision extrêmement ambitieuse, fondée sur l’idée que la croissance de l’IA sera exponentielle et transformera profondément l’économie mondiale.

Son parcours d’investisseur renforce cette cohérence. Avant OpenAI, Altman avait misé très tôt sur Stripe, Reddit ou encore Airbnb. Aujourd’hui, il applique la même logique à l’intelligence artificielle, en multipliant les initiatives complémentaires. Il soutient des projets de fusion nucléaire avec Helion, des réacteurs nucléaires modulaires avec Oklo, des technologies de preuve d’humanité avec World, ainsi que des recherches en neurosciences computationnelles. Il a également financé, via une organisation à but non lucratif, l’une des plus vastes expérimentations américaines sur le revenu de base universel.

Depuis peu, Altman aborde ces enjeux avec une perspective personnelle nouvelle. Devenu père, et en attendant un second enfant, il affirme réfléchir davantage aux conséquences à long terme de l’IA sur la société. Il rejette toutefois l’idée que cette responsabilité soit récente, estimant avoir toujours été conscient des risques associés à ses choix technologiques.

Son histoire avec OpenAI est aussi marquée par des tensions internes et des conflits publics. Le départ d’Ilya Sutskever et la scission qui a mené à la création d’Anthropic, puis la rupture avec Elon Musk, illustrent les désaccords profonds sur la gouvernance et la mission de l’entreprise. La décision de créer une entité à but lucratif a permis à OpenAI de lever des capitaux colossaux, notamment auprès de Microsoft, mais elle a aussi nourri des critiques persistantes sur l’équilibre entre intérêt général et logique commerciale.

L’épisode de la révocation temporaire d’Altman par le conseil d’administration en 2023 reste un moment charnière. Bien qu’il ait été rapidement réinstallé sous la pression des employés et des partenaires, cette crise a laissé des traces. Elle a renforcé à la fois son pouvoir et les interrogations sur son style de gestion, jugé par certains trop rapide et trop centralisé.

Aujourd’hui, Altman pousse OpenAI vers une expansion tous azimuts. L’entreprise développe ses propres puces, investit dans des centres de données géants, explore la robotique humanoïde et envisage même un réseau social. Elle a aussi racheté la firme de design IO de Jony Ive afin d’imaginer de nouveaux appareils capables d’intégrer l’IA de façon plus intime dans la vie quotidienne. Altman évoque des objets dotés d’une conscience contextuelle avancée, capables d’anticiper les besoins des utilisateurs et de les assister de manière proactive.

Ces ambitions s’accompagnent de critiques croissantes. OpenAI est régulièrement accusée de privilégier la vitesse de déploiement au détriment de la sécurité, de l’impact environnemental et du bien-être psychologique des utilisateurs. Plusieurs poursuites judiciaires et controverses publiques rappellent que la course à l’IA générative comporte des risques réels, encore mal maîtrisés.

Malgré cela, Altman assume une logique de passage à l’échelle immédiat. Il estime que l’ampleur des investissements annoncés, parfois chiffrés en milliers de milliards de dollars, est proportionnelle à l’explosion des usages à venir. Une posture qui alimente autant l’adhésion que le scepticisme, y compris chez ses partenaires. Satya Nadella, PDG de Microsoft, reconnaît une relation faite à la fois de coopération et de concurrence, tout en relativisant les déclarations d’Altman sur l’imminence de l’intelligence artificielle générale.

Conscient de ces tensions, Altman ajuste parfois son discours. Lorsqu’il affirme qu’OpenAI est proche de l’AGI, il précise ensuite qu’il s’agit davantage d’une conviction philosophique que d’un constat technique. Selon lui, le chemin vers une IA capable d’innover seule passera par une série de progrès intermédiaires, plutôt que par une percée unique.

Dans une projection qui résume sa vision, Altman imagine même un avenir où OpenAI serait dirigée par une intelligence artificielle. Si l’objectif est de créer des systèmes capables de gérer des organisations complexes, il estime logique qu’ils prennent un jour la relève. Pour l’instant, il se dit concentré à « 110 % » sur cette mission, considérant que l’essentiel de ce qu’il voulait accomplir est déjà en cours.

Reste une question centrale, qui dépasse sa personne. En cherchant à bâtir les fondations d’un monde façonné par l’IA, Sam Altman incarne à la fois la promesse et les incertitudes d’une technologie dont les effets réels ne seront pleinement mesurables que dans les décennies à venir.

Source : Forbes

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