IA, la ruée vers l’or bouscule un tabou de la Silicon Valley

Longtemps, vendre ses actions avant l’entrée en Bourse relevait presque de la trahison dans la Silicon Valley. Aujourd’hui, en pleine effervescence autour de l’intelligence artificielle, ce tabou tombe. De plus en plus de jeunes pousses organisent des offres de rachat internes, permettant à leurs employés de monétiser une partie de leurs actions sans attendre un PAPE.

Le cas de Notion illustre ce virage. En janvier, l’entreprise a lancé une offre secondaire de 270 millions de dollars. La demande, notamment d’anciens employés, a dépassé les montants prévus, forçant la direction à réduire les paiements. Un signe de l’appétit croissant pour la liquidité.

Le phénomène touche désormais des poids lourds. Stripe préparerait une nouvelle opération valorisant l’entreprise à plus de 140 milliards de dollars, en forte hausse sur un an. Anthropic planifierait une offre similaire sur la base d’une valorisation de 350 milliards. OpenAI a, de son côté, complété l’an dernier une opération massive de 6,6 milliards de dollars, sur une valorisation de 500 milliards. SpaceX organise régulièrement des fenêtres de liquidité pour ses employés, tout comme Databricks.

Selon les données de Carta, le nombre d’offres secondaires réalisées via sa plateforme a bondi de 60 pour cent en 2025 par rapport à l’année précédente. Même des entreprises fondées en 2022, comme Harvey ou ElevenLabs, ont permis à leurs équipes de vendre une partie de leurs titres dans le cadre de levées de fonds importantes.

Ce mouvement reflète un changement structurel. Les entreprises technologiques restent privées plus longtemps. Résultat, des employés peuvent se retrouver, sur le papier, millionnaires, tout en vivant dans un petit appartement à San Francisco. Les offres secondaires répondent à cette tension en offrant une liquidité partielle, souvent plafonnée à un pourcentage des actions acquises.

Reste une inquiétude : permettre aux employés d’encaisser trop tôt pourrait réduire leur motivation à attendre une introduction en Bourse ou une vente stratégique. Mais face à la guerre des talents en IA et à l’appétit des investisseurs pour ces titres privés, la pression pour offrir des sorties partielles semble l’emporter.

La ruée vers l’IA ne transforme pas seulement les produits et les valorisations. Elle redéfinit aussi la culture financière de la Silicon Valley, où encaisser avant le grand jour n’est plus perçu comme un manque de loyauté, mais comme une gestion pragmatique du risque.

Source : wsj

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