
Cinq ans après avoir fermé son système de reconnaissance faciale sur Facebook, Meta envisage de réintroduire cette technologie, cette fois directement sur le visage de ses utilisateurs. Selon une enquête publiée le 13 février 2026 par le New York Times, l’entreprise travaillerait à intégrer une fonction interne baptisée « Name Tag » à ses lunettes intelligentes développées avec EssilorLuxottica, propriétaire des marques Ray-Ban et Oakley.
Le principe serait simple. Les lunettes pourraient identifier une personne croisée dans la rue et afficher son nom, voire certaines informations, via l’assistant d’intelligence artificielle intégré. La fonction ne serait pas universelle. D’après les sources citées par le journal, Meta envisagerait de limiter l’identification aux contacts déjà connectés sur ses plateformes ou aux comptes publics, notamment sur Instagram.
Ce retour de la reconnaissance faciale intervient alors que les lunettes connectées connaissent un succès commercial inattendu. EssilorLuxottica affirme avoir vendu plus de sept millions de paires l’an dernier. Face à la perspective de nouveaux appareils portables dotés d’IA, y compris ceux évoqués par OpenAI, Mark Zuckerberg chercherait à différencier son offre en rendant l’assistant plus contextuel, plus personnalisé, donc plus intrusif.
Mais le calendrier envisagé soulève des questions. Un mémo interne consulté par le New York Times évoque un lancement dans un « environnement politique dynamique » aux États-Unis, où les groupes de la société civile seraient occupés par d’autres priorités. Une formulation qui laisse entendre une stratégie de communication calculée, dans un contexte de polarisation et de débats intenses sur la régulation des technologies.
Les critiques ne manquent pas. Nathan Freed Wessler, de l’American Civil Liberties Union, rappelle que la reconnaissance faciale dans l’espace public menace l’anonymat pratique sur lequel repose la vie démocratique. Plusieurs villes et États américains ont déjà restreint l’usage policier de cette technologie en raison de problèmes de précision et de biais.
Meta n’en est pas à son premier épisode délicat en matière de vie privée. L’entreprise a versé environ deux milliards de dollars pour régler des poursuites en Illinois et au Texas liées à la collecte de données biométriques sans consentement. En 2019, elle avait également payé cinq milliards de dollars pour clore une plainte de la Federal Trade Commission concernant des manquements à la protection des données.
Autre élément troublant. En janvier 2025, Meta aurait allégé son processus interne d’examen des risques liés à la vie privée, pourtant exigé dans le cadre de son accord avec la FTC. Des employés auraient même exprimé des doutes sur la conformité de ces changements.
Meta affirme de son côté vouloir adopter une approche réfléchie avant tout déploiement. L’entreprise souligne aussi le potentiel d’accessibilité pour les personnes aveugles ou malvoyantes, en collaboration avec des organisations comme Be My Eyes. Une justification qui pourrait rendre le débat encore plus complexe, entre innovation utile et surveillance généralisée.
Reste une question centrale. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour que nos lunettes deviennent plus intelligentes que nous.
Source : New York Times
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