
L’économie des créateurs de contenu poursuit sa croissance mondiale, mais derrière l’image d’un secteur dynamique se cache une réalité économique beaucoup plus fragile pour la majorité des créateurs. Selon le rapport Re|Shaping Policies for Creativity publié par l’UNESCO en février 2026, les créateurs pourraient perdre jusqu’à 24 % de leurs revenus mondiaux d’ici 2028 sous l’effet combiné de l’intelligence artificielle générative, de la concentration des plateformes et de l’évolution des modèles de distribution numériques.
YouTube demeure aujourd’hui la plateforme la plus structurée en matière de partage de revenus. Son Programme de partenaire YouTube permet aux créateurs ayant au moins 1 000 abonnés et 4 000 heures de visionnage sur douze mois, ou 10 millions de vues de Shorts sur 90 jours, d’accéder à la monétisation. Les vidéos longues et les diffusions en direct donnent droit à 55 % des revenus publicitaires nets, tandis que les Shorts offrent une part de 45 %. Entre 2021 et 2023, YouTube affirme avoir versé plus de 70 milliards de dollars à ses créateurs, artistes et partenaires médias. Malgré ce système relativement favorable, les revenus restent très concentrés. Les 100 chaînes les plus regardées, soit environ 3 % des participants au programme partenaire, captent près de la moitié des revenus redistribués.
Pour la majorité des créateurs, les gains restent modestes. Les nano-influenceurs et micro-influenceurs perçoivent souvent entre 235 et 950 dollars par mois en moyenne. Selon le rapport francais Delaporte-Vojetta sur l’influence et les réseaux sociaux en France, 60 % des participants au programme partenaire gagnent moins de 31 400 dollars par an. Dans ces conditions, YouTube sert davantage de vitrine que de véritable source de revenus si les créateurs ne diversifient pas leurs activités, par exemple avec des commandites, des produits dérivés ou des plateformes de financement participatif.
TikTok, de son côté, attire toujours un immense public, mais son modèle de rémunération suscite des critiques. La plateforme propose le Creator Rewards Program, accessible aux créateurs ayant au moins 10 000 abonnés et 100 000 vues sur les 30 derniers jours. Les revenus sont calculés selon l’engagement et la qualité du contenu. En complément, les créateurs peuvent monétiser leurs contenus grâce aux cadeaux virtuels pendant les diffusions en direct, aux abonnements payants ou à la vente de séries de vidéos exclusives. Malgré ces dispositifs, plusieurs créateurs dénoncent une forte instabilité des revenus, largement dépendants des changements d’algorithme et des politiques de modération.
Snapchat occupe une position plus discrète mais attire de plus en plus de créateurs en quête de revenus plus prévisibles. La plateforme affirme avoir versé environ 500 millions de dollars à ses créateurs au cours de la dernière année. Avec près de 946 millions d’utilisateurs actifs mensuels fin 2025, Snapchat propose un modèle qui combine revenus publicitaires sur les contenus Spotlight et Stories publiques, ainsi que de nouvelles offres d’abonnements payants permettant aux fans d’accéder à du contenu exclusif. Ces abonnements, actuellement testés aux États-Unis, permettent aux créateurs de fixer eux-mêmes leur tarif mensuel et de développer une source de revenus récurrente.
À l’inverse, Meta est souvent critiqué pour la faiblesse de ses mécanismes de partage de revenus. En 2024, Facebook n’a redistribué que deux milliards de dollars aux créateurs, très loin des montants annoncés par YouTube. Instagram Reels génère pourtant environ 50 milliards de dollars de revenus publicitaires pour Meta, mais la part reversée aux créateurs demeure limitée. Pour tenter d’attirer davantage de créateurs, l’entreprise a lancé en 2024 un programme de rémunération basé sur la performance globale des contenus plutôt que sur un partage direct des revenus publicitaires.
Cette situation reflète un déséquilibre structurel dans la creator economy. Selon un sondage de l’Autorité de la concurrence, 80 % des créateurs estiment avoir peu ou pas de pouvoir de négociation face aux plateformes. Celles-ci contrôlent à la fois la distribution des contenus, les algorithmes de recommandation et les mécanismes de monétisation.
Le rapport de l’UNESCO souligne que la transformation numérique a profondément modifié les industries culturelles. Les revenus numériques représentent désormais 35 % des revenus des créateurs, contre 17 % en 2018. Cette transition élargit l’accès aux audiences mais accentue également les inégalités, notamment entre les créateurs les plus visibles et la grande majorité qui peine à stabiliser ses revenus.
Dans ce contexte, la diversification apparaît comme la stratégie la plus viable pour les créateurs. Produire sur plusieurs plateformes, développer des sources de revenus indépendantes et cultiver une relation directe avec les communautés deviennent des conditions essentielles pour survivre dans une économie numérique dominée par quelques grandes plateformes.
Source : UNESCO, Business Insider, Meta-media
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