
Apple a réussi un coup de force symbolique avec ses AirPods Pro. En ajoutant des fonctions d’amplification sonore, de test auditif et d’assistance à l’écoute à des écouteurs déjà largement adoptés, l’entreprise a fait entrer la question de la santé auditive dans l’univers de la technologie grand public. Pour beaucoup de gens, surtout ceux qui hésitent à consulter ou qui repoussent l’idée de porter une aide auditive, l’objet change la perception du problème. Porter des AirPods n’est pas associé à la vieillesse ou au handicap. C’est un accessoire banal du quotidien. Et c’est précisément là que se joue la vraie rupture.
L’intérêt de cette approche est réel. Pour les personnes qui vivent avec une perte auditive légère à modérée, les AirPods Pro peuvent constituer une première marche. Ils offrent une forme d’assistance plus accessible, moins intimidante, et souvent beaucoup moins coûteuse qu’un appareillage classique. Dans certains contextes calmes, ils peuvent améliorer l’écoute de la parole, faciliter une conversation ou encourager un utilisateur à prendre au sérieux une difficulté auditive qu’il minimisait jusque-là. En ce sens, Apple ne règle pas le problème de l’audition, mais contribue à le rendre plus visible, et peut-être plus acceptable socialement.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis l’ouverture du marché américain aux aides auditives vendues sans ordonnance, les acteurs technologiques voient dans l’audition un nouveau terrain d’expansion. Apple y apporte sa puissance industrielle, son savoir-faire logiciel et surtout sa capacité à banaliser une fonction de santé dans un objet de grande consommation. Comme l’Apple Watch a contribué à populariser le suivi de la fréquence cardiaque, les AirPods peuvent jouer un rôle comparable dans le dépistage et l’accompagnement des troubles auditifs légers.
Il faut cependant éviter le raccourci. Les AirPods ne remplacent pas de véritables aides auditives. Une aide auditive n’est pas simplement un amplificateur sonore. C’est un dispositif réglé à partir d’un bilan complet, tenant compte des fréquences atteintes, de la compréhension de la parole, de l’écoute dans le bruit, du mode de vie et parfois même de la progression de la perte auditive. Les appareils spécialisés disposent d’outils beaucoup plus avancés pour filtrer le bruit ambiant, mettre en avant la parole, synchroniser les deux oreilles, gérer certains acouphènes et offrir un port confortable pendant toute une journée.
Les limites pratiques des AirPods demeurent importantes. L’autonomie n’a rien à voir avec celle d’aides auditives conçues pour un usage continu. Le confort peut devenir un enjeu après plusieurs heures. Et surtout, l’expérience reste moins fine dans des environnements complexes, comme un restaurant, une réunion animée ou un transport collectif. Là où une aide auditive bien ajustée va chercher à distinguer les voix utiles du reste, les AirPods peuvent donner une impression d’amplification plus générale, parfois moins naturelle, parfois fatigante.
Il y a aussi une différence fondamentale de nature. Les aides auditives relèvent d’un parcours de soins. Elles impliquent un diagnostic, un suivi, des ajustements, un accompagnement. Les AirPods, eux, relèvent avant tout d’une logique de produit. Ils peuvent aider, dépanner, initier une démarche. Mais ils ne disent rien sur l’origine du trouble auditif et ne remplacent ni l’évaluation d’un professionnel, ni la personnalisation qu’exige souvent une perte d’audition installée ou évolutive.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si les AirPods vont remplacer les aides auditives, mais s’ils peuvent devenir des compléments utiles. La réponse semble être oui, dans certains cas bien précis. Pour une personne qui commence à percevoir une baisse auditive, pour un usage occasionnel, ou comme porte d’entrée vers une consultation, ils ont un rôle à jouer. Mais pour corriger durablement une perte auditive, préserver la qualité de vie et bénéficier d’un accompagnement sérieux, les aides auditives traditionnelles restent, pour l’instant, sans véritable équivalent.
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Maintenant, j’ajoute une précision : Au Canada, les AirPods Pro peuvent déjà être utilisés légalement comme aides à l’écoute, mais dans un cadre limité. Les fonctions d’accessibilité intégrées à l’iPhone, comme le mode transparence avec amplification, l’adaptation audio personnalisée ou encore l’amplificateur de conversation, sont pleinement disponibles. Elles permettent d’augmenter certains sons, de mieux entendre une voix en face de soi ou d’ajuster l’écoute selon un profil auditif simple. Ces usages sont reconnus comme des outils d’accessibilité, mais ne sont pas considérés comme un dispositif médical équivalent à une aide auditive.
Tranche de vie, j’avais fait découvrir cette fonctionnalité à ma mère quelques semaines avant qu’elle nous quitte, et sa qualité de vie auditive, et même sociale, avait changé. Les AirPods Pro compensait son trouble auditif léger à modéré lié au vieillissement. Une simple conversation avec elle était redevenue plus agréable pour tous, et l’écoute de la télévision était moins bruyante pour ses voisins.
En revanche, le mode complet d’« appareil auditif » tel qu’offert aux États-Unis, dans le cadre des produits en vente libre, n’est pas encore déployé de façon uniforme au pays. Au Québec notamment, malgré une homologation fédérale par Santé Canada, l’utilisation des AirPods Pro comme véritables aides auditives demeure encadrée par des règles provinciales plus strictes. Concrètement, cela signifie qu’un utilisateur peut s’en servir comme amplificateur sonore, mais ne peut pas encore bénéficier officiellement de toutes les fonctions cliniques associées aux appareils auditifs OTC. Cette situation pourrait évoluer, mais en date de mars 2026, le Canada reste plus prudent que les États-Unis sur ce terrain.
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Merci pour ce constat, M. Guglielminetti. Je réfléchis depuis des années aux problèmes liés aux difficultés auditives. D’abord, j’ai grandi auprès d’un oncle sourd, ce qui m’a sensibilisé tôt aux enjeux de la surdité. Plus récemment, j’ai accompagné maintes fois mon père et mon beau-père chez leur audio-prothésiste, ce qui m’a révélé à la fois la compétence que vous recommandez et les excès de ce segment de l’industrie “du 3e âge”. En toute bonne fois, les professionnels de l’ouïe tendent à suréquiper leurs clients âgés en leur vendant des prothèses trop chères et trop difficiles à utiliser, sans penser au fait qu’une personne âgée puisse les perdre facilement sans même s’en rendre compte. Combien de gens ont gaspillé ainsi entre 4 000 et 10 000? Les écouteurs Bluetooth ne remplacent pas les prothèses spécialisées, mais contrôlés à l’aide d’un cellulaire au maniement connu, ils peuvent filtrer le bruit de fond, faire ressortir la parole et être choisis en fonction du confort de qui les porte.
Salutations.
En toute bonne foi, etc
Je souffre de surdité professionnelle et par ce fait, les appareils auditifs et leurs réglages sont couverts par la cnesst. Mais je suis toujours déçu des performances et j’ai acheté des AirPod Pro 2 pour cette fonctionnalité afin d’avoir une autre solution que les appareils auditifs qui, en passant reviennent à près de 4500$ incluant les tests annuels et le remplacement aux 5 ans. Malheureusement cette fonction n’est pas disponible au Canada
Impossible d’avoir cette fonction ici…afin de protéger les Lobe de ce monde.
Je compte déménager au Kazakhstan!!!
Fonctionnalité très intéressante dans notre monde où l’appareil auditif peut coûter une fortune. J’ai discuté avec ma belle-sœur audiologiste de ce produit avec ses avantages et ses limites. Elle compare ce produit aux lunettes de lecture qu’on peut acheter un pharmacie. Utile et économique mais moins avancé techniquement et sans soutien de professionnel de l’audition. Y a un marché, mais ça va pas tuer les lunettes d’ordonnance!