Dracula version Silicon Valley : quand le vampire devient magnat de la tech

À Montréal, le Théâtre Denise-Pelletier propose une relecture singulière d’un grand classique de la littérature fantastique. À compter du 17 mars et jusqu’au 14 avril, la salle Denise-Pelletier accueille Dracula – un nouveau règne du mal, une adaptation libre du roman de Bram Stoker signée par la dramaturge québécoise Marie-Claude Verdier et mise en scène par Frédéric Dubois.

Plutôt que de se dérouler dans l’Europe gothique du XIXe siècle, cette nouvelle version transporte le mythe du vampire dans l’univers de la Silicon Valley. Le personnage central, David Rand, alias Dracula, devient un puissant entrepreneur technologique qui attire à lui de jeunes talents du numérique, fascinés par les promesses de réussite et d’influence. L’autrice explique l’angle de sa création en ces termes : « Avec Dracula, j’utilise un monstre du passé pour aborder les angoisses du présent ».

La pièce s’ouvre sur Jonathan Harker, un jeune entrepreneur en technologies, et sa partenaire Sophie, invités à présenter une application capable d’analyser le sang humain à ce mystérieux magnat du numérique. Ce qui devait être une opportunité d’affaires devient rapidement une rencontre inquiétante avec un biohacker milliardaire dont les ambitions semblent dépasser largement le simple monde des affaires.

Dans cette adaptation, les thèmes classiques du roman de Stoker, le pouvoir, la manipulation et la fascination pour l’immortalité, sont revisités à travers des préoccupations très actuelles. Biohacking, exploitation des données biologiques et promesse d’optimisation humaine deviennent les nouveaux instruments de domination du vampire moderne.

La technologie occupe d’ailleurs une place centrale dans cette relecture. L’un des personnages clés est Lamia, une intelligence artificielle incarnée sur scène par Eveline Gélinas, qui organise et surveille les interactions entre les personnages. Dans cet univers, les vampires ne se cachent plus dans l’ombre. Ils vivent dans les systèmes numériques qui structurent notre quotidien, parfois jusque dans les appareils que nous transportons constamment avec nous.

Face à cette mécanique de séduction et de contrôle, Mina, interprétée par Noémie O’Farrell, représente l’une des rares résistances. Surdouée de l’informatique quantique, elle observe les dérives autour d’elle et questionne ce que chacun est prêt à sacrifier pour exister, être reconnu ou réussir.

La mise en scène est assurée par Frédéric Dubois, qui a repris le projet après le décès du metteur en scène Claude Poissant, initialement associé à la production. Dubois évoque la responsabilité particulière que représente cette succession : « C’est un immense vertige et un honneur infini de prendre le relais de ce projet. Mais nous devons rendre honneur à ce que le théâtre peut faire de mieux : permettre la rencontre et être heureux le plus possible. Ensemble. »

Avec cette adaptation, le Théâtre Denise-Pelletier propose une œuvre à la frontière de l’horreur et de la satire sociale. En remplaçant les châteaux sombres par les promesses de la Silicon Valley, Dracula – un nouveau règne du mal invite le public à réfléchir à la manière dont les technologies peuvent séduire, influencer et parfois emprisonner ceux qui s’en approchent trop près.

C’est une manière contemporaine de revisiter un mythe vieux de plus d’un siècle et de rappeler que les monstres changent parfois de forme, mais rarement de nature.

Détails : Denise-Pelletier

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