Victor Baissait – Arnaques en ligne : comprendre les mécanismes pour mieux s’en protéger

Les fraudes numériques ne cessent d’évoluer. Elles se multiplient, se professionnalisent et profitent désormais des nouveaux outils d’intelligence artificielle pour gagner en crédibilité. Dans Mon Carnet, Victor Baissait, auteur du livre Déjouer les arnaques en ligne, publié aux Éditions Deboeck Superieur, revient sur les mécanismes de ces escroqueries et sur les ressorts psychologiques qui les rendent si efficaces. Son ambition est simple : offrir un guide accessible, capable d’aider autant les néophytes que les lecteurs déjà sensibilisés au sujet.

Victor Baissait raconte être entré dans cet univers presque par hasard. Formé au web, il découvre pendant la pandémie des créateurs en ligne qui traquent les escrocs, puis se met à aider certaines initiatives de prévention. Au fil du temps, il accumule connaissances, exemples et témoignages. Cette immersion l’amène à écrire un ouvrage qui rassemble un large éventail de fraudes, des plus connues aux plus insidieuses, avec l’idée de montrer à quel point les arnaques peuvent prendre des formes variées et toucher des publics très différents.

L’un des volets les plus marquants de l’entretien porte sur les brouteurs, ces escrocs actifs notamment en Afrique de l’Ouest, souvent spécialisés dans les fraudes sentimentales ou l’usurpation d’identité. Victor Baissait prend soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’une généralité régionale, les arnaqueurs étant présents partout dans le monde. Mais il explique que ce terme, issu de Côte d’Ivoire, désigne une logique très particulière : repérer des victimes potentielles en ligne, les mettre en confiance, puis exploiter leur vulnérabilité émotionnelle pour leur soutirer de l’argent.

Ce qui ressort de ses observations, c’est que l’arnaque repose d’abord sur la relation. Dans les fraudes sentimentales, les escrocs pratiquent ce qu’il appelle le love bombing : ils multiplient les messages, l’attention, les gestes d’affection, jusqu’à occuper une place centrale dans la vie de leur cible. Souvent isolée, la victime a l’impression d’être enfin écoutée, comprise, valorisée. C’est cette emprise qui rend ensuite les demandes d’argent plus difficiles à rejeter, même lorsque les scénarios avancés semblent improbables.

L’entretien permet aussi de mieux comprendre les discours que certains escrocs utilisent pour se justifier. Victor Baissait évoque notamment l’argument de la “dette coloniale”, souvent invoqué pour donner un vernis politique à des pratiques qui relèvent surtout, selon lui, de l’opportunisme. Il note d’ailleurs que cette explication ne tient pas longtemps dès lors que les mêmes fraudeurs n’hésitent pas à viser des victimes de leur propre pays ou même d’autres arnaqueurs. En clair, le moteur reste l’argent, beaucoup plus qu’une quelconque cause idéologique.

Autre constat important, l’intelligence artificielle change déjà la donne. Victor Baissait explique avoir vu apparaître très tôt des contenus publicitaires truqués, puis des manipulations plus élaborées : images modifiées, fausses vidéos de personnalités, clonage de voix. Ce qui relevait encore récemment d’opérations coûteuses ou complexes devient progressivement accessible à de petits groupes très artisanaux. À mesure que les coûts baissent et que les outils deviennent plus simples à utiliser, la frontière entre le vrai et le faux s’amenuise, rendant la détection encore plus difficile pour le grand public.

Les plateformes, elles, ne font pas assez, selon l’auteur. Il reconnaît que la modération n’est pas un enjeu simple, mais juge que des réseaux comme Facebook, TikTok ou d’autres tolèrent encore trop longtemps des contenus frauduleux pourtant signalés à répétition. Il cite notamment le cas de publicités manifestement trompeuses, parfois supprimées en série sans que cela empêche la réapparition quasi immédiate de variantes du même stratagème. Tant que ces contenus rapportent plus qu’ils ne coûtent en réputation, la réaction des plateformes demeure insuffisante à ses yeux.

Au moment de conclure, Victor Baissait rappelle trois réflexes de base. D’abord, toujours vérifier une information sur des sources officielles ou reconnues. Ensuite, se méfier de tout ce qui paraît trop gros, trop urgent ou trop avantageux pour être vrai. Enfin, ne jamais céder à la pression, surtout lorsqu’un interlocuteur inconnu demande de l’argent, invoque une urgence ou pousse à agir immédiatement. Son message est clair : personne n’est totalement à l’abri. Même bien informé, on peut tomber dans un piège. La meilleure défense reste donc la prudence, le doute et le réflexe de vérification.

À travers son livre, Victor Baissait ne cherche pas seulement à raconter des histoires d’escrocs. Il veut donner aux lecteurs des outils concrets pour reconnaître les signaux faibles, comprendre les stratégies de manipulation et reprendre un peu de contrôle dans un espace numérique où la confiance est devenue une ressource particulièrement exposée.

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