
Hollywood s’apprête peut-être à franchir une nouvelle étape dans l’usage de l’intelligence artificielle au cinéma. Le réalisateur Doug Liman prépare Bitcoin, auparavant connu sous le titre Killing Satoshi, un thriller indépendant consacré à l’identité du créateur de Bitcoin, avec Casey Affleck, Pete Davidson, Gal Gadot et Isla Fisher. Les informations publiées par The Wrap et reprises dans la presse spécialisée indiquent que le film sera présenté au marché de Cannes.
Ce qui distingue surtout le projet, c’est sa méthode de fabrication. Selon The Wrap, le tournage principal s’est déroulé en 20 jours dans un studio londonien transformé en « gray box », un espace aux murs neutres où les décors, l’ambiance visuelle et une partie de l’éclairage doivent être recréés en postproduction à l’aide d’outils d’IA. Les producteurs affirment que cette approche a permis de ramener le budget d’un équivalent estimé à 300 millions de dollars à environ 70 millions.
Il faut toutefois nuancer la formule promotionnelle entourant le film. The Wrap le présente comme le premier long métrage « studio-quality » entièrement généré par IA, mais cette qualification vient du camp du film et non d’une définition reconnue à l’échelle de toute l’industrie. Ce que l’on peut confirmer, c’est qu’il s’agit d’un des projets les plus ambitieux à ce jour à miser aussi largement sur des environnements générés par IA dans un long métrage porté par des noms connus.
Les producteurs insistent d’ailleurs sur le fait que les comédiens ne seront pas remplacés numériquement. D’après The Wrap, les performances filmées des acteurs resteront celles captées sur le plateau, et la postproduction servira surtout à intégrer les décors et traitements visuels. Le projet mobiliserait 107 membres de la distribution, 100 personnes au tournage, 54 autres hors plateau, puis 55 « artistes IA » pendant environ 30 semaines de postproduction.
L’autre enjeu, c’est la réception du milieu. Depuis les grèves et les débats récents sur l’usage de l’IA à Hollywood, chaque projet qui met cette technologie de l’avant est observé de près. Bitcoin pourrait donc servir de test, autant pour mesurer l’acceptation du public que pour voir jusqu’où les producteurs peuvent automatiser une partie de la fabrication des images sans provoquer un rejet plus large de la part des créateurs et des syndicats. Cette lecture découle du contexte actuel de l’industrie, combiné à la place centrale que les promoteurs du film accordent eux-mêmes à l’IA dans leur communication.
Il y a aussi une dimension symbolique dans le choix du sujet. Associer un film conçu en grande partie avec l’IA à l’univers du Bitcoin revient à réunir deux technologies longtemps présentées comme révolutionnaires, souvent avec une forte charge spéculative. Ce croisement entre promesse technologique, marketing et recherche de disruption pourrait attirer presque autant l’attention que le film lui-même. Là encore, c’est une interprétation appuyée par le positionnement promotionnel du projet et par la couverture médiatique qui insiste autant sur l’outil de fabrication que sur le récit.
Sur le fond, le film s’intéresse à Craig Wright, cet informaticien australien qui affirme depuis des années être Satoshi Nakamoto. Or, la justice britannique a déjà rejeté cette thèse, ce qui donne au film une base narrative d’emblée controversée. Au-delà du sujet Bitcoin, le projet risque donc de devenir un test grandeur nature pour Hollywood, entre vitrine technologique, pari financier et débat sur la place réelle de l’IA dans la création cinématographique.
Source : The Wrap
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