Le projet World veut certifier les humains du web, mais l’Europe freine le projet de Sam Altman

Le projet World, soutenu par Sam Altman, tente de se repositionner comme une réponse au problème grandissant des robots, des faux profils et des hypertrucages. Tools for Humanity a présenté une nouvelle mouture de World ID et annoncé une série de partenariats avec Tinder, Zoom, Docusign, Okta, Ticketmaster et Eventbrite. Sur le papier, l’idée est simple : prouver qu’il y a bien un humain derrière un compte, une réunion, une signature ou un achat de billet. Selon World, ces intégrations doivent aider les plateformes à distinguer les personnes réelles des agents automatisés et des contenus truqués.

Le cœur du système repose toutefois sur un sujet autrement plus sensible : la biométrie. World propose désormais plusieurs niveaux de vérification, allant du simple autoportrait à la lecture d’une pièce d’identité par puce NFC, jusqu’au niveau le plus élevé, celui de l’Orb, son appareil de scan de l’iris. World présente ce dispositif comme une vérification forte, appuyée sur des preuves cryptographiques et une exposition minimale des données aux entreprises partenaires. Mais c’est précisément cette promesse de vérification biométrique à grande échelle qui continue de heurter les autorités européennes.

Aux États-Unis, le discours commercial est déjà bien rodé. Tinder veut étendre l’expérience de profils « humain vérifié », Zoom met de l’avant un usage contre les hypertrucages en réunion, et Docusign parle d’une preuve d’humanité appliquée à la signature électronique. World pousse aussi son projet dans l’univers des agents d’IA avec Okta, Exa, Browserbase et Vercel, pendant que son offre Concert Kit vise le marché des billets pour limiter les achats automatisés et la revente spéculative. Le message de l’entreprise est clair : à mesure que les IA deviennent plus convaincantes, l’identité humaine devient un produit à part entière.

En Europe, la réalité réglementaire est beaucoup moins accueillante. En Espagne, l’Agence espagnole de protection des données, l’AEPD, a confirmé le 16 février 2026 avoir adressé un avertissement formel à Tools for Humanity après avoir été informée d’une volonté de reprise des activités. L’autorité précise que, à la suite de cette mise en garde, l’entreprise a indiqué vouloir repousser temporairement son retour en Espagne afin de revoir plusieurs aspects liés à la protection des données. Cette prise de position s’ajoute à la mesure conservatoire imposée par l’AEPD en mars 2024 pour interrompre le traitement de données personnelles dans le cadre de Worldcoin, l’ancien nom du projet.

L’Allemagne a, elle aussi, durci le ton. En décembre 2024, la décision de l’autorité bavaroise de protection des données a ordonné l’effacement des codes d’iris collectés dans le cadre du projet européen, décision reprise dans des documents du Comité européen de la protection des données. Reuters rapportait alors que cette décision touchait l’ensemble des données de scan d’iris accumulées depuis le lancement du projet, au motif d’une non-conformité au RGPD. Autrement dit, au moment même où World cherche à se vendre comme une brique de confiance pour l’économie numérique, l’Europe continue d’y voir un traitement biométrique à haut risque.

Ce dossier illustre bien le paradoxe qui entoure Sam Altman. D’un côté, l’écosystème de l’IA générative multiplie les usages capables d’imiter, de tromper ou d’automatiser à grande échelle. De l’autre, une entreprise liée à son nom tente maintenant de monétiser la preuve qu’un internaute est bel et bien humain. La logique peut séduire les plateformes en quête de confiance. Mais en Europe, elle se heurte à une question plus fondamentale : jusqu’où faut-il aller dans la collecte de données biométriques pour sécuriser le web ? Pour l’instant, la réponse des régulateurs semble nette : pas à n’importe quel prix.

Source : World

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