Santé Québec défend son virage numérique, mais reconnaît une transition sous haute surveillance

Santé Québec a voulu rassurer la population aujourd’hui à propos du déploiement de son Dossier santé numérique, le DSN, présenté comme une étape majeure de modernisation du réseau. L’organisation affirme que la mise en service du 9 mai dans deux établissements vitrines, soit le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, n’est pas un simple projet informatique, mais une transformation des pratiques cliniques elle-même appuyée par le numérique.

Au cœur du message livré par la vice-présidente aux technologies de l’information, Erika Bially, trois priorités ont été martelées : la sécurité des usagers, un déploiement soutenu sur le terrain et la nécessité de mettre fin à un fonctionnement encore largement dépendant du papier, du fax et de systèmes dispersés. Santé Québec soutient que l’outil Epic, choisi pour porter ce changement, repose sur une méthodologie déjà éprouvée ailleurs et configurée pour répondre aux réalités québécoises avec l’appui de cliniciens et de professionnels du réseau.

Le projet arrive avec un historique déjà chargé. Autorisé en 2020, puis redéfini à la suite du transfert à Santé Québec en décembre 2024, le chantier a vu sa portée élargie pour mieux intégrer la formation, la gestion du changement et la transformation clinique. Le budget autorisé pour le déploiement des deux vitrines atteint maintenant 402 millions de dollars, après un rehaussement de 95 millions, alors que l’initiative complète à l’échelle québécoise reste évaluée entre 1,5 et 3 milliards de dollars.

Pour justifier la confiance affichée, Santé Québec a mis en avant l’ampleur du travail préparatoire. L’organisation parle de 3 155 décisions prises, 143 groupes de travail, plus de 16 000 tâches réalisées et plus de 3 000 personnes impliquées dans le projet. Elle rappelle aussi qu’Epic est utilisé dans 16 pays, auprès de 541 clients et de 317 millions d’usagers, dont plusieurs déploiements au Canada.

Sur le terrain, le discours s’est surtout concentré sur les gains attendus pour les patients et les équipes. Le DSN doit regrouper l’information clinique en un seul endroit, éviter aux usagers de répéter leur histoire à chaque épisode de soins et permettre aux professionnels d’accéder en temps réel à des données centralisées. Santé Québec promet également une meilleure circulation de l’information, moins de risques d’erreur et des outils d’aide à la décision intégrés dans le travail clinique.

Mais le déploiement ne se fera pas sans ralentissement. Les dirigeants des deux établissements vitrines ont confirmé une modulation temporaire de certaines activités, surtout dans les services électifs, afin de laisser aux équipes le temps de s’approprier le système. La logique, selon eux, est de préserver les urgences, l’oncologie et les secteurs jugés critiques, tout en limitant la pression sur le personnel pendant la période entourant le basculement. Les responsables reconnaissent donc implicitement qu’un changement de cette ampleur exige une baisse contrôlée du rythme habituel.

Santé Québec a aussi tenté de répondre aux critiques sur la souveraineté numérique. Même si le fournisseur est américain, l’organisation affirme que les données du DSN seront hébergées au Québec et en Ontario et qu’elles sont encadrées par 11 mesures de mitigation, dont le chiffrement, l’authentification multifactorielle, des obligations contractuelles strictes et une traçabilité complète des accès. Le message est clair : le risque résiduel existe, mais il est, selon Santé Québec, documenté et sous contrôle.

Le briefage a toutefois mis en lumière des zones encore sensibles. Interrogée sur les centres de jeunesse, Santé Québec a précisé que la mission de protection de la jeunesse continuera pour l’instant d’utiliser le système PIJ, en raison d’exigences légales particulières liées à l’archivage des données. Sur l’état exact des voyants du projet à J-15, les dirigeants n’ont pas fourni de chiffres détaillés au moment de la rencontre, se contentant d’affirmer qu’aucun élément ne bloquait à ce stade la mise en service du 9 mai.

Santé Québec cherche à faire valoir que le DSN n’est plus au stade de la promesse, mais à celui de l’exécution. Le discours officiel insiste sur la préparation, l’accompagnement et la robustesse du cadre technique. Reste que ce sont les premières semaines de terrain qui diront si cette vitrine numérique tient vraiment sa promesse d’améliorer les soins sans trop secouer un réseau déjà sous tension.

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