L’IA fait exploser la demande de mémoire, Samsung prévient que la pénurie va s’aggraver

Samsung Electronics profite pleinement de la vague de l’intelligence artificielle, mais prévient déjà que la tension sur le marché mondial de la mémoire risque de s’aggraver en 2027. Le géant sud-coréen affirme recevoir dès maintenant des commandes pour 2027 de la part de clients inquiets de manquer de puces. Kim Jae-june, responsable de l’activité mémoire de Samsung, a indiqué lors d’un appel avec les analystes que l’écart entre l’offre et la demande devrait encore s’élargir l’an prochain, selon Reuters et le Korea JoongAng Daily.

Le signal est important, car Samsung est le plus grand fabricant mondial de mémoire. Lorsque l’entreprise dit ne plus être en mesure de suivre la demande, c’est toute la chaîne technologique qui est concernée : centres de données, serveurs d’IA, ordinateurs, téléphones intelligents, consoles, stockage et équipements réseau. La croissance de l’IA ne se limite plus aux processeurs spécialisés. Elle consomme aussi d’immenses quantités de DRAM, de NAND et surtout de mémoire à haute bande passante, essentielle aux accélérateurs utilisés dans les centres de données.

Les résultats trimestriels de Samsung illustrent l’ampleur du phénomène. Au premier trimestre 2026, le groupe a enregistré un bénéfice d’exploitation record de 57,2 billions de wons, soit environ 38,6 milliards de dollars américains, en hausse de plus de huit fois sur un an. Son chiffre d’affaires a progressé de 69 %, à 133,9 billions de wons. La division des semi-conducteurs a généré 53,7 billions de wons de bénéfice d’exploitation, soit près de 94 % du total du groupe, selon Reuters et le Wall Street Journal.

Cette rentabilité spectaculaire s’explique par la flambée des prix. Samsung indique que le prix moyen de vente de sa DRAM a bondi de plus de 90 % par rapport au trimestre précédent. La division semi-conducteurs a dégagé une marge d’exploitation de 66 %, un niveau exceptionnel qui reflète à la fois la rareté du produit et la position dominante de Samsung dans un marché devenu stratégique.

L’élément déclencheur est la demande liée à l’IA générative, mais aussi à l’IA dite agentique. Ces systèmes, capables de planifier et d’exécuter des tâches complexes de façon plus autonome, nécessitent davantage de mémoire et de bande passante que les usages classiques d’inférence. En clair, plus les modèles sont sollicités pour raisonner longtemps, agir en chaîne et traiter plusieurs étapes, plus la pression augmente sur les puces mémoire.

Samsung affirme que l’industrie ne peut pas répondre rapidement à cette nouvelle demande. Construire ou agrandir des usines de semi-conducteurs prend des années. Même lorsque les investissements sont décidés, il faut du temps pour obtenir les équipements, qualifier les lignes de production et atteindre des volumes suffisants. C’est ce décalage entre la vitesse de croissance de l’IA et la lenteur de l’expansion industrielle qui alimente la pénurie.

Le paradoxe est que Samsung souffre aussi de cette situation. Sa division mobile a vu ses coûts d’approvisionnement en mémoire augmenter fortement au premier trimestre, et la direction prévient que cette pression devrait se poursuivre. Le bénéfice d’exploitation de l’activité mobile et réseaux a reculé à 2,8 billions de wons, contre 4,3 billions un an plus tôt, malgré une hausse des revenus. Autrement dit, Samsung gagne énormément comme fabricant de puces, mais paie plus cher les composants utilisés dans ses propres appareils.

Le contexte géopolitique ajoute une couche d’incertitude. Samsung mentionne aussi la hausse des coûts logistiques liée aux tensions au Moyen-Orient et à la progression des prix du pétrole. Le groupe dit vouloir limiter l’impact grâce à des contrats de long terme avec des transporteurs maritimes et aériens, ainsi qu’à des solutions de transport alternatives.

Un autre risque vient de la Corée du Sud elle-même. Reuters rapporte que Samsung fait face à une menace de grève dans sa division puces, alors que des travailleurs réclament de meilleures primes et rémunérations. Une perturbation de production, même temporaire, pourrait aggraver un marché déjà sous tension. The Verge a aussi rapporté que des mouvements syndicaux récents avaient déjà pesé sur la production de certaines installations.

Pour l’industrie technologique, le message est clair : la mémoire devient l’un des goulets d’étranglement de l’IA. Jusqu’ici, l’attention s’est beaucoup portée sur les processeurs graphiques de Nvidia et sur les accélérateurs spécialisés. Mais sans mémoire suffisante, les centres de données ne peuvent pas suivre. Cette pénurie pourrait maintenir les prix élevés, ralentir certains déploiements et augmenter le coût des produits électroniques grand public.

Samsung se retrouve donc dans une position enviable, mais délicate. L’entreprise engrange des profits records grâce à l’IA, tout en avertissant que l’offre restera insuffisante. La mémoire, longtemps considérée comme un composant cyclique et relativement banal, redevient un actif stratégique. Et si les commandes de 2027 arrivent déjà sur les bureaux de Samsung, c’est que la course à l’IA se joue aussi dans les carnets de réservation des usines.

Source : Nikkei Asia, Reuters, Korea Joongang Daily

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