
Les taxis autonomes de Waymo devaient incarner une conduite plus sûre, plus prévisible et plus efficace que celle des humains. Mais dans plusieurs villes américaines, des responsables des services d’urgence dressent un portrait beaucoup moins rassurant. Selon des informations rapportées par WIRED, des pompiers, policiers, ambulanciers et responsables municipaux ont confié à des régulateurs fédéraux que les véhicules autonomes de l’entreprise compliquent parfois leur travail, notamment lorsqu’ils se figent en pleine situation d’urgence.
Le problème le plus souvent cité est celui des véhicules qui s’immobilisent sans réagir correctement aux consignes humaines. À San Francisco, le chef des pompiers Patrick Rabbitt affirme que des Waymo bloquent désormais l’accès à certaines casernes. Leur réaction par défaut, dit-il, serait de « geler », ce qui peut empêcher les camions d’incendie de partir rapidement vers une intervention. À Austin, au Texas, un responsable de la police affirme que les véhicules ne reconnaissent pas toujours les signaux manuels des agents, notamment lors d’incidents routiers ou de situations inhabituelles.
Ces critiques arrivent à un moment délicat pour Waymo. L’entreprise, filiale d’Alphabet, poursuit une expansion rapide. Elle offre déjà des trajets sans conducteur dans plusieurs villes américaines et prévoit de s’étendre à d’autres marchés, dont Londres. Waymo affirme désormais assurer 500 000 trajets payants par semaine, un chiffre en forte croissance, même s’il reste très loin des volumes générés par les services de transport avec chauffeur comme Uber.
Pour les services d’urgence, le cœur du problème ne serait pas seulement la technologie embarquée, mais la manière dont les véhicules réagissent à l’imprévu. Les responsables interrogés par les régulateurs évoquent des voitures immobilisées près de scènes d’intervention, des retards pour joindre les équipes de soutien à distance et une difficulté générale à interpréter les gestes ou les ordres d’un policier sur le terrain. Un responsable d’Austin estime que la technologie a été déployée trop vite, à trop grande échelle, avant d’être vraiment prête pour toutes les conditions réelles de circulation.
Waymo répond qu’elle travaille étroitement avec les premiers répondants. L’entreprise affirme avoir formé plus de 35 000 intervenants d’urgence aux États-Unis et dit utiliser leurs commentaires pour améliorer son service. Elle soutient aussi que ses véhicules réduisent les accidents graves comparativement aux conducteurs humains, un argument central dans la défense de la conduite autonome.
Les incidents rapportés montrent toutefois l’écart entre une conduite statistiquement plus sûre et une intégration sans friction dans la vie d’une ville. Un véhicule autonome peut bien respecter la plupart des règles, mais il doit aussi comprendre les situations floues : une intersection sans feux après une panne, un policier qui fait circuler les voitures à la main, une ambulance qui doit passer rapidement ou une scène de crise où les règles habituelles ne suffisent plus.
À San Francisco, une panne de courant survenue en décembre a mis cette limite en évidence. Plus d’un millier de véhicules Waymo auraient été perturbés pendant quelques minutes, et plus de 60 ont dû être récupérés manuellement. Selon des responsables municipaux, ce genre de situation peut surcharger les lignes d’urgence et retarder la réponse à des appels véritablement critiques.
Les régulateurs commencent maintenant à resserrer l’encadrement. En Californie, de nouvelles règles doivent obliger les entreprises de véhicules autonomes à répondre aux appels des premiers répondants en moins de 30 secondes. Les autorités d’urgence pourront aussi imposer temporairement des zones interdites aux véhicules autonomes, que ceux-ci devront quitter dans un délai de deux minutes.
L’enjeu dépasse donc Waymo. La conduite autonome n’est plus seulement évaluée sur sa capacité à éviter les collisions. Elle doit maintenant prouver qu’elle peut cohabiter avec les humains dans les moments les plus imprévisibles de la circulation urbaine. Pour les pompiers, les policiers et les ambulanciers, la question n’est pas de savoir si la technologie peut réussir un jour. Elle est de savoir si elle est déjà suffisamment mûre pour occuper les rues sans devenir, elle-même, un obstacle lors des urgences.
Source : Wired
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