
Apple se retrouve devant un nouveau front de contestation dans l’App Store. Des jeunes pousses spécialisées dans le « vibe coding », ces outils qui permettent de créer des applications à l’aide de l’intelligence artificielle presque instantanément, reprochent au fabricant de l’iPhone d’appliquer ses règles de manière imprévisible. Selon le Financial Times, Replit, valorisée à 9 milliards de dollars américains et soutenue par Andreessen Horowitz, affirme qu’Apple bloque des mises à jour de son application iPhone. Une autre jeune pousse, Anything, dit avoir vu son application bloquée à plusieurs reprises, puis retirée deux fois après avoir été approuvée.
Le litige illustre une tension de plus en plus visible entre deux logiques. D’un côté, Apple veut conserver un contrôle serré sur ce qui peut fonctionner sur iPhone, au nom de la sécurité, de la protection de la vie privée et de la stabilité de son écosystème. De l’autre, les nouveaux outils d’IA générative bousculent le modèle traditionnel de développement logiciel. Ils permettent à des utilisateurs de générer, tester et parfois déployer du code sans passer par un cycle classique de programmation.
Au cœur du désaccord se trouve une règle ancienne de l’App Store. Apple interdit aux applications de télécharger, installer ou exécuter du code qui modifie leurs fonctionnalités après validation. Cette règle vise à éviter qu’une application approuvée se transforme ensuite en autre chose, sans contrôle préalable. Dans le cas des outils de « vibe coding », c’est précisément le problème : l’application sert à créer d’autres applications, à les prévisualiser, puis parfois à les lancer dans un environnement mobile.
Selon les communications consultées par le Financial Times, Apple aurait indiqué à Anything que ses fonctions de prévisualisation d’applications créées par IA contrevenaient à cette interdiction de téléchargement de code. Lorsque l’entreprise a retiré cette fonction, Apple aurait ensuite rejeté l’application pour une autre raison, estimant qu’elle offrait une fonctionnalité minimale. Anything a été brièvement rétablie dans l’App Store au début d’avril, avant d’être à nouveau retirée moins d’une journée plus tard, cette fois encore pour la question du téléchargement de code.
Le cas de Replit ajoute du poids à la contestation. L’entreprise, déjà présente depuis des années sur la plateforme, s’est dite surprise et déçue du blocage de ses mises à jour. Elle affirme discuter avec Apple afin de résoudre le différend. Une autre application, Vibecode, aurait aussi vu certaines mises à jour retardées. Pendant ce temps, d’autres acteurs importants du secteur, comme Lovable et Cursor, n’ont pas encore lancé leurs propres applications iOS.
Apple rejette l’idée d’un ralentissement généralisé causé par l’arrivée massive d’applications générées par IA. L’entreprise soutient que son processus de validation vise d’abord à protéger les utilisateurs. L’argument n’est pas secondaire. Sur iPhone, contrairement au Mac, Apple contrôle très étroitement la distribution des logiciels. Ce modèle lui permet de réduire certains risques, mais il lui donne aussi un pouvoir important sur l’émergence de nouveaux usages.
Le paradoxe est que l’entreprise adopte elle-même l’IA générative dans ses outils de développement. En février 2026, Apple a annoncé que Xcode 26.3 permettait d’utiliser des agents de programmation comme Claude Agent d’Anthropic et Codex d’OpenAI directement dans son environnement de développement. Apple encourage donc les développeurs à utiliser l’IA pour écrire du code, tout en limitant les applications capables de générer et d’exécuter du code directement sur iPhone.
Pour les investisseurs et les jeunes pousses, ce décalage risque de freiner l’innovation. David George, partenaire chez Andreessen Horowitz, estime que ralentir ces applications au nom de la sécurité pourrait nuire à la concurrence. Son argument est simple : Apple devrait appliquer ses règles de manière plus ciblée, plutôt que de bloquer une catégorie émergente dans son ensemble.
Le phénomène dépasse le cas de quelques applications. Selon les données citées par le Financial Times, le nombre d’applications iOS publiées mondialement en 2025 aurait augmenté de 30 % par rapport à l’année précédente. La baisse des barrières à l’entrée dans le développement logiciel, alimentée par les agents d’IA capables d’écrire et d’exécuter du code, pourrait multiplier les applications soumises à l’App Store.
La question devient donc stratégique pour Apple. Si elle applique strictement ses règles existantes, elle protège son modèle fermé, mais risque d’être perçue comme un frein à la nouvelle vague de développement par IA. Si elle assouplit ses règles, elle devra gérer de nouveaux risques liés à la sécurité, à la qualité du code et à la responsabilité des applications créées à la volée.
Ce dossier rappelle que l’IA générative ne transforme pas seulement la façon d’écrire du texte, de produire des images ou d’assister les employés. Elle change aussi la manière même de fabriquer des logiciels. Pour Apple, l’enjeu n’est plus seulement de valider des applications. C’est de décider jusqu’où l’iPhone peut devenir un environnement de création logicielle automatisée.
Source : Financial Times, Apple
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