La musique générée par IA envahit les plateformes, mais le public reste froid

La musique générée par intelligence artificielle n’est plus un phénomène marginal. Avec des outils comme Suno et Udio, il suffit maintenant d’une simple commande textuelle pour créer une chanson complète. Ce qui relevait autrefois de l’expérimentation, avec des artistes comme Taryn Southern ou Holly Herndon, est devenu une production massive accessible à tous. Résultat : les plateformes de diffusion en continu voient arriver une avalanche de morceaux créés par algorithme.

Selon les données rapportées par The Verge, Deezer estimait qu’en septembre 2025, 28 % des titres téléversés sur sa plateforme étaient entièrement générés par IA. À la fin de l’année, cette proportion atteignait 34 %, soit plus de 50 000 morceaux par jour. Le volume serait maintenant de 75 000 titres quotidiens. Spotify, de son côté, dit avoir retiré plus de 75 millions de morceaux assimilés à du pourriel musical en douze mois.

Le problème dépasse la simple quantité. Artistes et auditeurs dénoncent l’encombrement des catalogues, la pollution des listes de lecture et le risque de voir des redevances détournées vers des productions automatisées. Pour les musiciens de studio, les compositeurs de musique de catalogue et les créateurs indépendants, cette vague peut devenir une menace directe : leurs œuvres risquent d’être noyées parmi des titres produits en série à très faible coût.

Les plateformes réagissent de manière inégale. Deezer a mis en place un système de détection et d’étiquetage des contenus générés par IA, limite leur recommandation et affirme avoir démonétisé 85 % des écoutes jugées frauduleuses. Qobuz a publié une charte sur l’IA, en promettant de garder une approche éditoriale humaine. Bandcamp va plus loin, en interdisant les musiques générées entièrement ou substantiellement par IA, même si l’application de cette règle repose surtout sur les signalements des utilisateurs.

Apple Music et Spotify privilégient une approche plus prudente. Apple demande aux labels et aux créateurs d’ajouter volontairement des balises de transparence. Spotify a lancé des crédits IA, développés avec DDEX, pour indiquer si l’IA a contribué aux paroles, à la voix ou à l’accompagnement musical. Mais ces systèmes dépendent largement de la bonne foi des fournisseurs de contenu, ce qui limite leur efficacité.

Le public reste méfiant. Une étude Deezer-Ipsos citée par The Verge indique que 51 % des répondants pensent que l’IA mènera à davantage de musique générique et de faible qualité. Un sondage du Hollywood Reporter et de la Frost School of Music montre que 66 % des personnes interrogées disent ne jamais écouter consciemment de musique générée par IA. Plus révélateur encore, 52 % ne voudraient pas écouter une chanson de leur artiste préféré s’ils savaient qu’elle avait été créée avec l’aide de l’IA.

L’IA ne disparaîtra pas de la musique. Elle sert déjà à générer des idées, tester des arrangements ou accélérer certaines étapes de création. Mais les plateformes devront mieux distinguer une œuvre assistée par IA d’un morceau entièrement généré par machine. La demande d’un filtre permettant de masquer ces contenus pourrait grandir. La vraie question n’est donc pas seulement d’interdire ou d’accepter cette musique, mais d’assurer la transparence, la rémunération équitable des artistes et la confiance des auditeurs.

Source : The Verge

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