En cybersécurité, la fatigue des experts devient un risque d’affaires

Les cyberattaques se multiplient, l’intelligence artificielle ajoute de nouveaux risques et les entreprises demandent toujours plus à leurs équipes de sécurité. Mais selon le rapport Tech Talent & Salary Report 2026, une partie importante des professionnels de la cybersécurité estime ne pas être reconnue à la hauteur de la pression qu’elle subit. Près d’un spécialiste sur deux envisagerait même de changer d’emploi au cours des 12 prochains mois.

Le paradoxe est connu dans les services de sécurité informatique : quand tout va bien, leur travail reste invisible. Quand une attaque réussit, leur responsabilité devient immédiatement visible. Ankur Anand, chef de l’information du groupe Nash Squared, résume le problème en parlant d’un écart grandissant entre la demande et la reconnaissance. Les conseils d’administration peuvent avoir tendance à croire que tout est sous contrôle simplement parce qu’aucun incident majeur n’a été déclaré récemment.

L’enquête, menée auprès de 3 646 professionnels des technologies dans le monde, montre pourtant que la pression ne diminue pas. Dix-neuf pour cent des organisations interrogées disent avoir subi une attaque majeure au cours des deux dernières années. Dans le même temps, les spécialistes de la cybersécurité seraient parmi les moins susceptibles d’avoir reçu une hausse de rémunération, avec seulement 29 % d’entre eux ayant obtenu une compensation additionnelle.

Cette situation nourrit un malaise plus large. Les professionnels de la cybersécurité font partie des travailleurs technologiques les plus insatisfaits, derrière les équipes d’infrastructure, de soutien, d’assurance qualité et de tests. Le sentiment de sous-estimation, la complexité des environnements informatiques, les systèmes hérités et le travail distribué contribuent à une fatigue professionnelle qui peut devenir dangereuse pour les entreprises.

L’arrivée de l’IA accentue encore le phénomène. Les nouveaux modèles peuvent aider les défenseurs à repérer des failles, automatiser certaines tâches et améliorer la détection. Mais ils peuvent aussi servir à accélérer les attaques, découvrir des vulnérabilités oubliées ou abaisser la barrière technique pour des acteurs malveillants. Le cas du modèle Mythos d’Anthropic, mentionné dans l’article de ZDNET, illustre cette inquiétude croissante dans le secteur.

Pour autant, les spécialistes de la cybersécurité ne semblent pas voir l’IA uniquement comme une menace pour leur emploi. Selon l’enquête, 48 % d’entre eux ne se sentent pas menacés par l’automatisation, ce qui les place parmi les groupes technologiques les plus confiants. Leur rôle pourrait même devenir plus stratégique, à condition de savoir combiner expertise technique, compréhension des risques d’affaires et capacité de communication.

Les dirigeants d’entreprises doivent comprendre que la cybersécurité ne peut plus être traitée comme une fonction discrète qui travaille dans l’ombre jusqu’au prochain incident. Dans un contexte où l’IA modifie autant les outils de défense que les méthodes d’attaque, retenir les talents, reconnaître leur contribution et leur donner une place dans la stratégie d’affaires devient une condition de résilience. À défaut, le risque n’est pas seulement de perdre des employés, mais aussi de perdre une partie de la mémoire défensive de l’organisation.

Source : ZDNET, Harvey Nash

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