Le détroit d’Ormuz, nouveau point faible de l’internet mondial

Le détroit d’Ormuz est généralement présenté comme l’un des passages les plus sensibles pour le pétrole et le gaz. Mais la crise actuelle au Moyen-Orient rappelle qu’un autre flux stratégique y circule aussi : les données. Sous ses eaux passent plusieurs câbles sous-marins qui relient l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie, au cœur d’une économie numérique devenue aussi dépendante de la fibre optique que les marchés énergétiques le sont des routes maritimes.

Selon Reuters, l’Iran a récemment désigné les câbles sous-marins du détroit comme un point vulnérable pour l’économie numérique régionale. Cette menace s’inscrit dans un contexte de fortes tensions militaires avec les États-Unis et Israël, alors que le détroit d’Ormuz demeure aussi un enjeu majeur pour l’acheminement mondial du pétrole et du gaz. Reuters rapportait le 30 avril 2026 que la fermeture du détroit affectait environ 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz.

L’enjeu est considérable. Les câbles sous-marins transportent environ 99 % du trafic internet international, selon l’Union internationale des télécommunications et TeleGeography. Ces infrastructures assurent le fonctionnement des services infonuagiques, des transactions financières, des communications gouvernementales, du commerce électronique et d’une grande partie des échanges entre continents. Contrairement à l’imaginaire populaire, les satellites ne sont pas l’épine dorsale de l’internet mondial : ils jouent un rôle complémentaire, mais limité.

Dans le détroit d’Ormuz, plusieurs grands réseaux de fibre optique sont concernés, dont Asia-Africa-Europe 1, Falcon et Gulf Bridge International Cable System. Ces câbles relient notamment l’Asie du Sud-Est, l’Inde, les pays du Golfe, l’Égypte et l’Europe. Ils desservent aussi des pays qui investissent massivement dans les centres de données, l’infonuagique et l’intelligence artificielle, notamment les Émirats arabes unis, le Qatar, Oman et l’Arabie saoudite.

Une attaque contre ces câbles ne provoquerait pas nécessairement une coupure totale d’internet. Le réseau mondial est conçu pour rediriger une partie du trafic en cas d’incident. Mais cette redondance a ses limites. Si plusieurs câbles étaient touchés en même temps, les itinéraires alternatifs pourraient être saturés, ce qui entraînerait des ralentissements, une hausse de la latence, des interruptions partielles de services et des perturbations pour les entreprises dépendantes du nuage informatique.

La menace s’inscrit dans une évolution plus large des conflits modernes. Les infrastructures sous-marines sont devenues des cibles de guerre hybride, au même titre que les réseaux électriques, les satellites ou les centres de données. En mer Baltique, plusieurs incidents ont déjà visé ou endommagé des câbles sous-marins depuis 2022, alimentant les soupçons de sabotage. L’attribution reste difficile, car les dommages peuvent aussi être causés par des ancres, des chaluts ou des accidents maritimes.

La réparation d’un câble sous-marin ajoute une autre vulnérabilité. Les navires spécialisés doivent localiser la panne, obtenir les autorisations nécessaires et rester immobiles pendant les travaux. Dans une zone sous tension militaire, cette immobilité peut devenir un risque en soi. TeleGeography rappelait récemment qu’un seul navire de maintenance se trouvait dans la région, ce qui pourrait compliquer une intervention rapide en cas d’incident majeur.

Cette crise rappelle une réalité souvent invisible : l’internet mondial repose sur des infrastructures physiques, fragiles, coûteuses et géopolitiquement exposées. Les câbles sous-marins sont enfouis sous les océans, mais ils soutiennent une part essentielle de l’économie numérique. Dans le détroit d’Ormuz, la bataille ne se limite donc plus aux pétroliers et aux voies maritimes. Elle touche aussi les routes invisibles par lesquelles circulent les données, les paiements, les services en ligne et, de plus en plus, la puissance de calcul de l’intelligence artificielle.

Source : TF1, ZDNET

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