Une étudiante poursuit une application de rencontre pour avoir détourné son image

Une étudiante américaine de 19 ans poursuit les créateurs de l’application de rencontre Meete, qu’elle accuse d’avoir utilisé sans son consentement une de ses vidéos TikTok pour produire une publicité ciblée auprès d’hommes situés près de son campus. L’affaire, rapportée par Derek B. Johnson dans CyberScoop le 4 mai 2026, illustre une nouvelle zone grise de l’économie de l’attention : le détournement d’images personnelles, non pas par intelligence artificielle, mais par montage vidéo, voix ajoutée et ciblage géographique.

Selon la poursuite déposée le 28 avril au Tennessee, Kaelyn Lunglhofer avait publié sur TikTok une courte vidéo tournée le jour de sa graduation. Elle y apparaissait dans une tenue orange, avec de la musique en arrière-plan. Quelques mois plus tard, après son arrivée à l’Université du Tennessee, cette vidéo aurait été reprise par Meete, modifiée avec des éléments graphiques promotionnels et accompagnée d’une voix suggérant qu’elle faisait la promotion d’une application permettant de trouver des femmes à proximité pour des rencontres occasionnelles.

L’affaire a été découverte de façon presque accidentelle. Selon son avocat, Abe Pafford, l’étudiante ignorait totalement que son image était utilisée dans ces publicités jusqu’à ce qu’un étudiant masculin de sa résidence universitaire lui dise avoir vu à plusieurs reprises des annonces la mettant en scène sur Snapchat. L’avocat juge improbable qu’il s’agisse d’un simple hasard, puisque l’application repose justement sur la promesse de connecter ses utilisateurs avec des femmes proches géographiquement.

Le coeur du litige ne repose donc pas seulement sur l’utilisation non autorisée d’une vidéo. Il porte aussi sur le ciblage. La poursuite allègue que les publicités auraient été géolocalisées de manière à atteindre des hommes situés dans l’environnement immédiat de la jeune femme, y compris dans sa propre résidence universitaire. Si les faits sont confirmés, cela signifierait qu’un contenu personnel publié sur une plateforme sociale aurait été transformé en appât publicitaire localisé, avec des conséquences directes sur la réputation et la sécurité de la personne concernée.

CyberScoop rapporte que l’avocat de Lunglhofer croit que d’autres femmes pourraient avoir été victimes d’un procédé semblable sans le savoir. La difficulté, dans ce type de dossier, est de réunir des preuves tangibles. Dans le cas de l’étudiante, des captures d’écran et des enregistrements auraient été conservés par l’étudiant qui avait vu les publicités. Sans cette trace, la publicité aurait pu disparaître sans laisser beaucoup d’indices.

La poursuite invoque plusieurs cadres juridiques américains, dont le Lanham Act, qui encadre notamment les droits liés aux marques, ainsi que l’ELVIS Act du Tennessee, une loi destinée à protéger l’image, la voix et la ressemblance contre certaines utilisations non autorisées. La plainte évoque aussi la diffamation et le droit à l’image. Kaelyn Lunglhofer réclame 750 000 dollars en dommages punitifs, ainsi que les revenus qui auraient pu être générés par les publicités utilisant son image.

Snap a indiqué à CyberScoop qu’une enquête était en cours. L’entreprise affirme que ses règles publicitaires exigent que les annonceurs détiennent les droits nécessaires sur les contenus utilisés, incluant l’autorisation des personnes représentées. Le média précise que les tentatives pour obtenir des commentaires des entreprises associées à Meete n’ont pas abouti. Apple et Google n’auraient pas répondu aux demandes de réaction.

Au-delà du cas individuel, cette affaire met en lumière une faiblesse plus large de l’écosystème publicitaire numérique. Les outils de ciblage permettent aujourd’hui de montrer une publicité à un public très précis, parfois dans un rayon géographique restreint. Combinés à des contenus récupérés sur les réseaux sociaux, ils peuvent transformer une simple vidéo personnelle en message commercial trompeur, sexuellement suggestif ou dommageable pour la réputation.

Le dossier rappelle aussi que les risques liés à l’exploitation de l’image ne passent pas toujours par des hypertrucages sophistiqués ou des outils d’intelligence artificielle. Un montage rudimentaire, une voix ajoutée et une campagne bien ciblée peuvent suffire à créer une fausse impression d’endossement ou de disponibilité personnelle. Dans ce cas, la technologie n’a pas besoin d’être avancée pour produire un préjudice bien réel.

Source : Mashable, Cyberscoop, Findlaw

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