L’Europe veut s’attaquer au design addictif des réseaux sociaux

L’Union européenne veut durcir le ton contre les mécanismes qui retiennent les enfants et les adolescents sur les réseaux sociaux. La Commission européenne prépare de nouvelles mesures contre ce qu’elle appelle le « design addictif » de plateformes comme TikTok, Instagram et Facebook, avec dans sa ligne de mire le défilement infini, la lecture automatique des vidéos et les notifications poussées en continu.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé ce mardi 12 mai 2026, à Copenhague, que Bruxelles comptait agir contre TikTok, mais aussi contre Meta, propriétaire d’Instagram et Facebook. Selon elle, ces plateformes ne font pas assez pour empêcher les moins de 13 ans d’accéder à leurs services, malgré leurs propres règles d’âge minimum. Reuters rapporte que la Commission veut présenter de nouvelles règles d’ici la fin de l’année, dans le cadre du futur Digital Fairness Act.

Le sujet n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur politique beaucoup plus forte. En février 2026, la Commission européenne avait déjà conclu, de façon préliminaire, que TikTok pourrait être en infraction avec le Digital Services Act en raison de fonctions jugées susceptibles d’encourager un usage compulsif, notamment chez les mineurs et les utilisateurs vulnérables. Bruxelles citait alors des mécanismes comme l’autoplay, le défilement infini et certaines recommandations personnalisées.

La nouvelle offensive européenne s’inscrit dans un débat mondial sur la place des enfants dans les environnements numériques. L’Australie a déjà adopté une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, tandis que plusieurs pays européens, dont la France, l’Espagne et le Royaume-Uni, envisagent ou discutent de mesures similaires. Euronews rapporte que la Commission pourrait même ouvrir la voie à une restriction européenne harmonisée de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux dès l’été 2026.

L’autre volet important concerne la vérification de l’âge. La Commission européenne affirme avoir mis au point une application européenne capable de confirmer l’âge d’un utilisateur sans révéler inutilement son identité. Selon Bruxelles, cette technologie pourra être intégrée aux portefeuilles numériques des États membres et utilisée par les plateformes en ligne pour mieux faire respecter les restrictions d’âge.

Ce point est central, car les plateformes se défendent souvent en rappelant qu’elles disposent déjà de paramètres de sécurité, d’outils parentaux et de limites d’âge. Pour les autorités européennes, ces mesures ne suffisent plus si un enfant peut contourner facilement les contrôles. Le panel spécial de la Commission sur la sécurité des enfants en ligne doit remettre ses recommandations d’ici l’été 2026, notamment sur la question d’éventuelles restrictions d’âge harmonisées pour les réseaux sociaux et d’autres services numériques.

Le bras de fer s’annonce toutefois délicat. Les grandes plateformes américaines sont déjà sous pression en Europe, avec plusieurs enquêtes et amendes liées au Digital Services Act, au Digital Markets Act et aux règles de concurrence. Aux États-Unis, l’administration Trump critique ouvertement les sanctions européennes contre les entreprises technologiques américaines, dans un contexte où les tensions commerciales et numériques entre Washington et Bruxelles demeurent vives. Reuters souligne que cette nouvelle offensive sur la protection des enfants pourrait donc s’ajouter à une relation déjà tendue entre l’Europe et les géants américains du numérique.

Pour les plateformes, l’enjeu dépasse la conformité réglementaire. Le design addictif n’est pas un détail d’interface. Il est au cœur de leur modèle économique. Plus un utilisateur reste longtemps devant l’écran, plus la plateforme peut collecter de signaux, affiner ses recommandations et vendre de la publicité. Remettre en cause le défilement infini, les notifications et les recommandations automatiques, c’est toucher directement à la mécanique qui fait tourner l’économie de l’attention.

Pour les familles et les éducateurs, la question est plus simple : comment protéger les jeunes sans les exclure complètement du monde numérique ? L’Europe semble vouloir répondre par une combinaison de règles plus strictes, de vérification de l’âge et d’obligations imposées aux plateformes. Le défi sera d’éviter deux écueils : une régulation trop faible qui laisserait les plateformes poursuivre leurs pratiques, ou une régulation trop lourde qui créerait de nouveaux risques pour la vie privée des utilisateurs.

La bataille européenne contre le design addictif marque donc une nouvelle étape dans la régulation du numérique. Après les données personnelles, la concurrence et la modération des contenus, Bruxelles s’attaque maintenant à l’architecture même des plateformes. Autrement dit, ce n’est plus seulement ce que les réseaux sociaux montrent aux jeunes qui est en cause. C’est aussi la manière dont ils les incitent à rester.

Source : Reuters, Euronews, Commission européenne

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