
Depuis la fin janvier, le projet Aurora du Service de police de la Ville de Montréal révèle une transformation préoccupante de la criminalité : les contrats pour commettre des actes violents circulent désormais sur les plateformes numériques, souvent entre très jeunes individus, et dépassent largement les limites de la métropole. Selon les informations rapportées par Daniel Renaud dans La Presse, les enquêteurs montréalais ont intercepté des contrats liés à des décharges d’arme à feu, des meurtres projetés, des incendies criminels, des vols qualifiés et des braquages à domicile avant leur exécution.
La sergente-détective Maya Alieh, de la section cyberenquête du SPVM, affirme qu’environ 70 % des dossiers pour lesquels une adresse a pu être obtenue visaient des lieux situés à l’extérieur de Montréal. Longueuil, Sorel, Saguenay, Québec, Chibougamau, Saint-Jérôme, Mirabel ou Oka font partie des villes mentionnées dans les échanges surveillés par les enquêteurs. Cette dispersion géographique illustre un changement de réalité pour les policiers : les plateformes numériques effacent les frontières traditionnelles entre les territoires d’enquête.
Le commandant Francis Renaud, de l’antigang du SPVM, résume l’enjeu en affirmant que la juridiction criminelle traditionnelle ne suffit plus à répondre à ce type de menace. Dans les faits, Montréal se retrouve à prévenir, avec ses propres ressources, des crimes qui devaient parfois être commis ailleurs au Québec. Cette situation met en lumière la nécessité d’une coordination plus étroite entre les corps policiers.
Le ministre québécois de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, voit dans cette réalité une justification directe à la création annoncée de deux centres d’opération et de vigie technologique, l’un à Montréal et l’autre à Québec. Ces centres doivent fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de lutter contre les contrats criminels offerts en ligne et d’autres crimes nécessitant une expertise technologique. Le gouvernement mise aussi sur l’embauche d’enquêteurs civils spécialisés dans les technologies.
Depuis le lancement d’Aurora, une quarantaine de personnes âgées de 13 à 23 ans ont été arrêtées et accusées. Le cas d’un adolescent de 13 ans, intercepté après avoir possiblement accepté un contrat visant une décharge d’arme à feu à Chibougamau, illustre la rapidité avec laquelle les enquêteurs doivent agir. Prévenue par le SPVM, la Sûreté du Québec a pu intervenir avant qu’un drame ne se produise.
D’autres dossiers cités dans l’article montrent l’étendue des gestes planifiés : un complot de meurtre à Québec, du trafic d’armes impliquant un adolescent de 15 ans, ou encore un incendie criminel projeté à Kanesatake. Ces exemples montrent que les réseaux sociaux ne servent plus seulement de lieux de provocation ou de vantardise, mais peuvent devenir de véritables canaux de recrutement criminel.
À Montréal, les incendies criminels ont diminué de 20 % depuis la fin janvier. Le SPVM demeure prudent et ne l’attribue pas uniquement au projet Aurora, mais Francis Renaud estime que l’initiative a eu un impact. Plusieurs des 68 informations transmises à d’autres corps policiers concernaient justement des incendies projetés.
Le projet Aurora met ainsi en évidence une nouvelle équation policière : la criminalité est locale dans ses conséquences, mais numérique dans son organisation. Pour les autorités, le défi n’est plus seulement d’intervenir sur le terrain, mais de comprendre les codes, les plateformes et les habitudes mouvantes de groupes qui recrutent et planifient à distance.
La conclusion de Maya Alieh se veut aussi un avertissement aux personnes qui utilisent les réseaux sociaux pour proposer ou accepter des contrats criminels. Les enquêteurs suivent ces échanges, connaissent les plateformes et s’adaptent aux changements de comportement. Dans ce nouveau terrain d’enquête, la vitesse de réaction peut faire la différence entre un crime commis et un crime empêché.
Source : La Presse
*****
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

