Temu et Shein s’ancrent dans les habitudes d’achat des Québécois

Temu et Shein ne sont plus seulement des curiosités du commerce en ligne. Selon les plus récentes données du Conseil québécois du commerce de détail, en partenariat avec ORAMA Marketing, ces plateformes étrangères à bas prix s’installent progressivement dans les habitudes d’achat de la population québécoise. Le suivi mené depuis janvier 2025 montre une progression claire, autant dans le nombre de consommateurs rejoints que dans la fréquence des commandes.

Dans le Baromètre d’avril 2026, 30 % des personnes répondantes disent avoir acheté sur Temu au cours des six derniers mois. Pour Shein, cette proportion atteint 19 %. Depuis janvier 2025, Temu est passé de 21 % à 30 %, tandis que Shein est passé de 16 % à 19 %. Après plus d’un an d’observation, la tendance semble donc dépasser l’effet de nouveauté ou l’achat ponctuel motivé par une promotion.

Temu creuse particulièrement l’écart. À chacune des six vagues de données recueillies depuis janvier 2025, la plateforme a devancé Shein pour les achats réalisés au cours des six mois précédents. Elle a même atteint un sommet de 34 %, contre 25 % pour Shein, une pointe associée à la période des Fêtes et au Vendredi fou. Même après ce pic saisonnier, Temu conserve une avance nette dans le marché québécois.

L’autre signal important concerne la fréquence d’achat. Sur Temu, la part des personnes qui commandent chaque semaine est passée de 9 % en janvier 2025 à 19 % dans la plus récente mesure. En parallèle, les achats plus occasionnels, quelques fois par année, ont reculé de 65 % à 55 %. Autrement dit, la plateforme ne sert plus seulement à faire une commande d’essai ou à profiter d’une offre exceptionnelle.

Le phénomène est semblable du côté de Shein. La part des acheteurs hebdomadaires est passée de 8 % à 22 %, alors que les achats occasionnels ont reculé de 71 % à 53 %. Dans la plus récente mesure, 45 % des personnes qui achètent sur Temu le font chaque semaine ou chaque mois. Chez Shein, cette proportion atteint 46 %. Le commerce à très bas prix semble donc entrer dans une logique de routine pour une partie croissante des consommateurs.

Pour les détaillants québécois, l’enjeu devient plus lourd. Il ne s’agit plus seulement de voir arriver de nouveaux joueurs numériques, mais de composer avec des plateformes déjà intégrées dans les comportements d’achat. Temu combine désormais une portée plus large et une fréquence d’achat en hausse. Shein, de son côté, rejoint une clientèle plus restreinte, mais de plus en plus active.

Cette progression survient malgré les inquiétudes exprimées par les consommateurs. Les bas prix demeurent le principal attrait, mais les préoccupations concernant l’environnement, les conditions de production et l’impact sur les commerces locaux persistent. Selon les données évoquées par le CQCD, ces inquiétudes restent élevées, mais relativement stables. Cette stabilité pourrait indiquer une forme de banalisation : les consommateurs voient les problèmes, mais continuent d’acheter.

Pour Damien Silès, président-directeur général du CQCD, la tendance est maintenant claire. Ces plateformes prennent une place durable dans les habitudes d’achat des Québécois et exercent une pression concurrentielle de plus en plus importante sur les détaillants d’ici. Le défi, pour le commerce québécois, ne sera donc pas seulement de rivaliser sur les prix, mais aussi de rappeler la valeur de la proximité, du service, de la qualité et de l’impact économique local.

Source : Conseil québécois du commerce de détail

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