Pip: Mon Carnet cette semaine, c’est Bruno Guglielminetti qui scrute un numérique où l’IA promet tout, coûte beaucoup, et soulève des questions que personne n’avait vraiment prévues.
Mara: On couvre beaucoup de terrain : les plateformes et assistants IA en pleine effervescence, les réseaux sociaux sous pression judiciaire et sécuritaire, et les enjeux économiques et réglementaires qui encadrent tout ça. Commençons par les plateformes.
Plateformes et assistants IA : entre promesses et réalités
Pip: Le grand récit de l’IA, c’était simple : moins d’humains, plus de productivité, moins de dépenses. Sauf que la réalité qui remonte des grandes entreprises technologiques est beaucoup moins linéaire que prévu.
Mara: Le texte sur les coûts de l’IA le formule directement : « Dans certains cas, l’intelligence artificielle coûte déjà plus cher que les travailleurs qu’elle devait rendre moins indispensables. »
Pip: Et le signal est venu de Nvidia, ce qui n’est pas rien. Quand le fabricant de puces pour l’IA illustre malgré lui que l’IA coûte cher, c’est une ironie que même un communiqué de presse ne peut pas effacer.
Mara: Microsoft en est un exemple concret. Selon Mat Velloso, ancien vice-président, moins de 3 % des utilisateurs payants utiliseraient activement Copilot, malgré sa présence dans Windows 11 et Microsoft 365. Sur 450 millions d’utilisateurs de Microsoft 365, ça représente environ 15 millions de convertis.
Pip: Donc l’écosystème matériel a été mobilisé avant que les logiciels démontrent une valeur évidente. C’est un peu comme construire l’autoroute avant d’avoir les voitures.
Mara: Du côté de Google, l’ambition est différente. Gemini devient la colonne vertébrale de toute la stratégie : recherche, Android, Workspace, YouTube, Chrome. Gemini Spark, présenté à Google I/O, est un agent personnel qui fonctionne 24 heures sur 24 dans le nuage, capable d’agir dans Gmail, Docs et Calendar même quand l’ordinateur est fermé.
Pip: Et Google transforme aussi son moteur de recherche en assistant capable d’agir, de réserver, de surveiller des sujets en continu. La question que ça pose pour les sites qui alimentent cette information est directe.
Mara: YouTube suit la même logique. Ask YouTube permet de poser des questions complexes et d’obtenir des réponses synthétiques tirées de vidéos. La fonction de remix alimentée par Gemini Omni permet de transformer une vidéo existante ou d’y insérer sa propre image. Les créateurs peuvent désactiver le remix, et les contenus générés porteront des filigranes numériques.
Pip: Amazon, de son côté, lance Alexa Podcasts : l’utilisateur choisit un sujet, Alexa produit un épisode avec des voix synthétiques, en s’appuyant sur des ententes avec Associated Press, Reuters, le Washington Post et plus de 200 journaux locaux.
Mara: Ça rejoint la question posée dans ce texte : si l’assistant résume et raconte l’actualité avec ses propres voix, quelle place reste-t-il pour la marque média et la relation directe avec l’auditeur?
Pip: Yann LeCun poserait la même question différemment. Lui, il dit que les grands modèles de langage manipulent bien les mots, mais ne comprennent pas le monde réel. Son entreprise AMI travaille sur des modèles capables d’anticiper les conséquences de leurs actions, pas seulement de prédire le mot suivant.
Mara: Jensen Huang et Michael Dell partagent une vision complémentaire : l’IA agentique doit sortir du nuage pour s’installer dans les usines, hôpitaux et entreprises, là où se trouvent les données propriétaires. Michael Dell parle de gains pouvant atteindre dix à cent fois dans certains flux de travail repensés.
Pip: Pendant ce temps, Starbucks a retiré son outil d’inventaire IA après neuf mois. La caméra et le LiDAR confondaient les types de lait. Le comptage manuel s’est avéré plus fiable.
Mara: Apple, elle, prépare iOS 27 avec des outils d’écriture assistée, des raccourcis en langage naturel et de la génération de fonds d’écran. Et ses nouvelles fonctions d’accessibilité intègrent Apple Intelligence pour VoiceOver, Voice Control et même le contrôle de fauteuils roulants motorisés via Apple Vision Pro. Athénaïs Oslati, fondatrice d’ONTBO, résume bien l’enjeu général : les machines comprennent les données, mais pas toujours leur sens.
Mara: Les bulletins 120 secondes de Tech de la semaine complètent ce portrait : Gemini prépare une intégration avec CapCut, Spotify prépare des podcasts personnels générés par IA, et les hallucinations de l’IA commencent à contaminer des articles biomédicaux, avec plus de 4 000 références fabriquées recensées.
Pip: Ce qui nous mène naturellement aux plateformes sous une autre pression, celle des tribunaux et des enquêtes.
Réseaux sociaux, médias et modération : sous pression judiciaire
Pip: Les plateformes ne font plus seulement face à des critiques culturelles. Elles sont maintenant au cœur d’enquêtes criminelles, de poursuites judiciaires et de questions sur la surveillance.
Mara: Le projet Aurora du SPVM l’illustre clairement. La sergente-détective Maya Alieh note qu’environ 70 % des dossiers visaient des lieux situés à l’extérieur de Montréal. Les réseaux sociaux servent désormais de canaux de recrutement criminel, impliquant des individus de 13 à 23 ans.
Pip: En Ontario, des corps policiers utilisent des outils capables de prendre le contrôle à distance d’un téléphone. Le problème soulevé n’est pas seulement leur existence, c’est le secret qui les entoure devant les tribunaux.
Mara: Meta, TikTok, Snap et YouTube ont évité un procès test au Kentucky en réglant à l’amiable avec un district scolaire. Plus de 1 200 poursuites similaires ciblent la conception même des services, notamment le défilement infini et les recommandations algorithmiques. Une étude sur vingt ans de presse française montre aussi comment le regard médiatique sur ces plateformes a basculé après 2018 vers la régulation et la responsabilité. Et une poursuite californienne accuse OpenAI d’avoir transmis des données de conversations ChatGPT à Meta et Google via des outils de suivi publicitaire.
Pip: Tout ça pointe vers la même question : est-ce que les règles actuelles suffisent encore pour encadrer des outils qui touchent à la vie privée, à la santé mentale et à la criminalité en même temps? Ce cadre réglementaire, justement, est aussi en train de bouger du côté économique.
Travail, économie et régulation : reconfigurer les règles du jeu
Pip: L’économie numérique se reconfigure, et pas seulement à cause de l’IA. Les règles changent, les acteurs se repositionnent, et certaines habitudes de travail méritent d’être remises en question.
Mara: Ferrari et IBM illustrent comment la donnée peut transformer l’expérience des partisans. Elizabeth O’Brien résume l’enjeu : « Quand on peut vraiment échanger de l’information, cela fait une différence, cela construit la relation, et cela permet les transactions, la fidélité et la croissance de la marque. »
Pip: Ce principe s’applique aussi aux réunions. Un texte sur les calendriers numériques rappelle que la réunion de 30 minutes est un héritage des agendas papier des années 1990, et que Microsoft lui-même constate que 48 % des employés vivent une journée fragmentée.
Mara: Sur la régulation, le CRTC impose de nouvelles obligations aux diffuseurs numériques : 15 % de leurs revenus de radiodiffusion au Canada devront aller au contenu canadien et autochtone, avec un seuil d’application à 25 millions de dollars. Benoît Martel, PDG de R2I, soulève l’empreinte environnementale de l’IA générative et recommande de mieux choisir l’outil selon le besoin réel. Le Québec regarde aussi vers la France pour réduire sa dépendance à Teams et WhatsApp dans l’administration publique, en s’inspirant notamment de Tchap, la messagerie souveraine française basée sur le protocole Matrix.
Pip: Temu et Shein, eux, s’ancrent dans les habitudes d’achat québécoises : 30 % des répondants ont acheté sur Temu dans les six derniers mois, contre 21 % en janvier 2025. Figure AI, pendant ce temps, a transformé ses robots humanoïdes en spectacle viral en direct, avec un duel contre un stagiaire humain que le robot a presque gagné.
Mara: Une recherche de l’UQAM veut mesurer la maturité réelle des entreprises B2B québécoises face à l’IA, au-delà des discours. Et Airbnb pivote vers une application complète du voyage, incluant hôtels, bagages et épicerie, avec 60 % de son code désormais écrit par l’IA selon Brian Chesky.
Pip: Ce qui résume bien la semaine : l’IA s’intègre partout, mais les vraies questions portent sur les coûts, les règles et ce qu’on choisit vraiment d’automatiser.
Mara: Ce qui ressort de cette semaine, c’est que l’enthousiasme pour l’IA se heurte partout à des réalités concrètes : coûts, adoption, gouvernance, empreinte environnementale.
Pip: Et pendant que les plateformes cherchent à tout intégrer, les États, les tribunaux et même les baristas de Starbucks leur rappellent que le terrain résiste. La prochaine édition devrait être aussi chargée.
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