
CNN engage à son tour une bataille judiciaire contre Perplexity. La chaîne américaine accuse l’entreprise d’intelligence artificielle d’avoir copié, utilisé et redistribué illégalement ses contenus journalistiques, sans autorisation ni rémunération. La poursuite a été déposée devant un tribunal fédéral de New York et marque une étape importante : il s’agirait de la première action du genre intentée par un réseau de télévision contre une entreprise d’IA générative.
Au cœur du litige se trouve le modèle même des moteurs de réponse comme Perplexity. Ces outils ne se contentent plus de diriger les internautes vers des articles. Ils résument, reformulent et, selon les plaignants, reproduisent parfois des passages très proches des contenus d’origine. CNN affirme que Perplexity tire une valeur commerciale de son travail journalistique, tout en contournant les règles habituelles de licence.
La chaîne soutient avoir tenté de négocier une entente avec Perplexity l’an dernier, sans parvenir à un accord. Selon la plainte, l’entreprise savait donc qu’elle n’avait pas l’autorisation d’utiliser les contenus, les marques ou les signes distinctifs de CNN. Le média dit privilégier les ententes commerciales avec les acteurs responsables de l’IA, mais estime qu’il ne peut y avoir d’option gratuite pour des entreprises qui exploitent le travail des salles de rédaction.
Perplexity rejette cette lecture. Son responsable des communications, Jesse Dwyer, répond qu’on ne peut pas protéger les faits par le droit d’auteur. C’est l’argument central de plusieurs entreprises d’IA : elles disent organiser et présenter de l’information factuelle, plutôt que copier des œuvres protégées. Les éditeurs, eux, répliquent que la question ne porte pas seulement sur les faits, mais sur la collecte, la mise en forme, l’écriture, l’analyse et la distribution de contenus produits par des journalistes.
Le dossier s’inscrit dans une confrontation beaucoup plus large. The New York Times, News Corp, le Chicago Tribune, Encyclopedia Britannica et le groupe japonais Yomiuri Shimbun ont déjà engagé des procédures contre Perplexity ou d’autres acteurs de l’IA. En parallèle, certains médias ont choisi une autre voie : Gannett, TIME, Le Monde et Der Spiegel ont conclu ou annoncé des partenariats avec Perplexity, dans une logique de licence ou de partage de revenus.
Cette double stratégie illustre l’état actuel du rapport de force. Les médias ne rejettent pas nécessairement l’intelligence artificielle. Plusieurs cherchent même à l’intégrer dans leur distribution, leur production ou leur modèle d’affaires. Mais ils veulent établir une règle claire : si leurs contenus alimentent des services commerciaux d’IA, ils doivent être rémunérés.
L’affaire CNN contre Perplexity pourrait donc devenir un nouveau test juridique pour l’industrie de l’information. Elle pose une question simple, mais déterminante : à partir de quel moment un outil d’IA cesse-t-il de référencer l’actualité pour se substituer au média qui l’a produite ?
Source : CNN
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