
La nouvelle Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du gouvernement fédéral reçoit un accueil favorable dans l’écosystème québécois et canadien de l’IA. Mila, LoiZéro et Cohere y voient une occasion de transformer l’avance scientifique du pays en retombées plus larges, à la fois économiques, sociales et technologiques. Présentée sous le titre « L’IA pour tous », cette feuille de route veut positionner le Canada comme un acteur capable non seulement de développer des technologies avancées, mais aussi de les encadrer selon des principes de sécurité, de souveraineté et d’intérêt public.
Pour Mila, l’annonce marque un moment charnière. L’institut montréalais, reconnu comme l’un des plus importants centres de recherche universitaire en intelligence artificielle au monde, y voit une stratégie ambitieuse qui reprend plusieurs priorités défendues depuis des années par la communauté scientifique canadienne. Valérie Pisano, présidente et cheffe de la direction de Mila, estime que cette stratégie reflète les valeurs portées par l’institut, notamment l’excellence scientifique, l’innovation responsable, la sécurité de l’IA et l’importance de technologies adaptées à la réalité culturelle et linguistique du pays.
Pour ce qui est de Mila : le Canada possède déjà les bases nécessaires pour jouer un rôle de premier plan, mais il doit maintenant accélérer. La stratégie fédérale mise sur six grands piliers, dont la protection des citoyens, la souveraineté technologique, les alliances internationales et la croissance de champions canadiens. Pour Mila, cette approche permet d’arrimer les forces scientifiques du pays à des objectifs plus larges, allant de la compétitivité économique à la défense des valeurs démocratiques.
L’institut souligne aussi que la stratégie reconnaît explicitement certains acteurs canadiens capables de développer des solutions d’envergure mondiale, comme Cohere et LoiZéro. Cette dernière organisation, fondée par Yoshua Bengio et incubée à Mila, est consacrée à la sécurité de l’IA. Sa mention dans la stratégie fédérale est importante, car elle illustre un déplacement du débat : il ne s’agit plus seulement de construire des systèmes plus puissants, mais de s’assurer que ces systèmes soient conçus dès le départ pour être fiables, contrôlables et alignés sur l’intérêt public.
Du côté de LoiZéro, la réaction va précisément dans ce sens. L’organisation accueille favorablement la reconnaissance par Ottawa du fait que le développement responsable de l’IA ne peut pas se limiter à l’accélération des capacités technologiques. Selon LoiZéro, la sécurité doit être intégrée dès la conception des systèmes, avec des mécanismes solides de gouvernance, de transparence et de reddition de comptes. Le ton est positif, mais il rappelle aussi l’urgence de ne pas traiter la sécurité comme une simple étape ajoutée après coup.
La réaction de Joëlle Pineau, directrice de l’IA chez Cohere, va dans le même sens, mais avec un accent plus marqué sur le passage de la recherche à l’impact économique et social. Selon elle, le Canada a contribué à façonner les fondations de l’IA moderne. L’enjeu consiste maintenant à transformer cet avantage scientifique en retombées durables, en soutenant l’adoption de l’IA, en aidant les entreprises canadiennes à prendre de l’ampleur et en veillant à ce qu’une plus grande part de la valeur créée par l’IA profite aux Canadiens. Elle dit aussi être encouragée de voir que la nouvelle stratégie nationale met l’accent sur cette transformation des forces canadiennes en bénéfices plus larges.
Cette convergence est révélatrice. Mila insiste sur la recherche, l’innovation responsable et l’adaptation linguistique et culturelle des outils. LoiZéro met l’accent sur la sécurité, la gouvernance et la confiance du public. Joëlle Pineau rappelle l’importance de transformer l’excellence scientifique en adoption concrète, en entreprises plus solides et en valeur partagée. Ces trois réactions dessinent les contours du défi canadien : passer d’un leadership reconnu en recherche à une capacité réelle de produire, d’encadrer et de déployer l’IA à grande échelle.
La dimension linguistique occupe aussi une place importante dans la réaction de Mila. L’institut rappelle ses travaux sur l’IA en français québécois et l’évaluation multilingue, notamment à travers un partenariat récent avec Cohere. Dans un pays bilingue et multiculturel, cette question n’est pas secondaire. Elle touche directement à la capacité du Canada de développer des outils qui reflètent ses réalités sociales, plutôt que d’importer des systèmes conçus ailleurs, avec d’autres priorités et d’autres biais.
Hugo Larochelle, directeur scientifique de Mila, voit pour sa part dans cette stratégie une bonne nouvelle pour la recherche. L’expansion du programme des chaires Canada CIFAR en IA renforce, selon lui, l’un des piliers de l’écosystème scientifique canadien. Il souligne aussi l’importance de relier cette base de recherche à des projets à fort impact public, ainsi qu’à des initiatives comme l’Institut canadien de la sécurité de l’IA et l’AI Safety Studio de Mila.
Mila insiste également sur plusieurs mesures annoncées par Ottawa, dont l’élargissement du programme des chaires Canada CIFAR en IA, le financement d’initiatives de fondateurs en résidence, l’appui à des projets à code source ouvert d’intérêt public, le soutien à l’IA menée par des communautés autochtones et les efforts de littératie en IA. L’institut y voit un cadre susceptible de relier la recherche de pointe à des retombées sociales, économiques et culturelles plus larges.
La réaction de Mila, de LoiZéro et de Joëlle Pineau révèle donc une convergence importante : le Canada doit poursuivre son avance scientifique, mais il ne peut plus séparer innovation, sécurité, adoption et souveraineté. L’enthousiasme est réel, surtout parce que la stratégie fédérale semble reconnaître le rôle central de la recherche québécoise et canadienne. Mais l’enjeu se déplace maintenant vers l’exécution. La stratégie fixe une direction. Sa crédibilité dépendra de la rapidité avec laquelle les investissements, les programmes et les mécanismes de gouvernance se traduiront en résultats mesurables.
Pour le Québec, cette annonce confirme aussi le rôle stratégique de Montréal dans la nouvelle phase de l’IA canadienne. Mila, LoiZéro, Cohere et les autres acteurs de l’écosystème ne sont pas seulement présentés comme des bénéficiaires de la stratégie. Ils apparaissent comme des instruments essentiels de sa mise en oeuvre. La prochaine étape sera donc de voir si le Canada peut transformer son avantage historique en recherche en avantage durable sur le plan industriel, scientifique et démocratique.
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