
Le grand chantier américain pour réduire la fracture numérique devait financer des réseaux Internet rapides, abordables et durables dans les régions mal desservies. Selon The Verge, le programme Broadband Equity, Access, and Deployment, ou BEAD, doté de 42,45 milliards de dollars, visait au départ à soutenir surtout le déploiement de fibre optique dans les communautés rurales et défavorisées.
Adopté sous l’administration Biden, BEAD devait corriger les lacunes de la couverture Internet aux États-Unis d’ici 2030. Le programme s’inscrivait dans un ensemble plus large comprenant aussi le Digital Equity Act, pour la formation aux compétences numériques, et l’Affordable Connectivity Program, qui offrait une aide mensuelle aux ménages à faible revenu.
Mais sous la deuxième administration Trump, le programme a été profondément réorienté. Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, a imposé une nouvelle approche dite « technologiquement neutre ». En pratique, cette réforme a réduit la priorité donnée à la fibre optique et ouvert davantage la porte aux services Internet par satellite, notamment ceux de Starlink, propriété d’Elon Musk, et d’Amazon Leo, le projet satellitaire de Jeff Bezos.
The Verge rapporte que 738,8 millions de dollars auraient déjà été redirigés vers Starlink, tandis que 311 millions de dollars iraient à Amazon Leo. D’autres milliards pourraient suivre. Cette orientation inquiète plusieurs États et experts, qui estiment que la fibre demeure une infrastructure plus durable, plus rapide et mieux adaptée à la croissance future des usages numériques.
La Louisiane illustre bien le virage. Dans le plan initial, plus de 90 % des nouveaux fonds devaient aller à la fibre. Après la réforme, cette part serait tombée à 78 %. À Lake Providence, une communauté défavorisée d’environ 3 500 habitants, un projet de fibre de 6,2 millions de dollars aurait été abandonné au profit de Starlink, un service déjà disponible dans la région.
Pour les responsables locaux, le problème n’est pas seulement technologique. Nathanael Wills, de l’organisme Delta Interfaith, affirme que l’envoi de terminaux Starlink ne crée ni emplois locaux, ni chantier, ni infrastructure durable. Selon lui, plusieurs familles pourraient même avoir de la difficulté à installer ou à payer le service.
Le bilan du programme reste très limité. À la fin de 2025, 33 des 56 États et territoires n’avaient toujours pas reçu confirmation de leurs subventions. En juin 2026, moins de quelques centaines de foyers au Nebraska et en Louisiane auraient été branchés grâce à BEAD, et encore, par des connexions sans fil fixes, moins performantes que la fibre.
Le dossier soulève maintenant des questions de gouvernance, de favoritisme et d’efficacité des fonds publics. Ce qui devait être une occasion historique de moderniser l’accès Internet américain est devenu, selon plusieurs critiques, un programme ralenti, politisé et de plus en plus favorable aux milliardaires du spatial plutôt qu’aux communautés mal desservies.
Source : The Verge
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