
Pendant des années, le débat sur les écrans s’est surtout concentré sur les enfants et les adolescents. Temps d’écran, réseaux sociaux, jeux vidéo, sommeil, concentration : les plus jeunes ont souvent été placés au centre des inquiétudes. Mais une question revient de plus en plus dans les études : et si le problème commençait aussi du côté des adultes ?
Les parents sont les premiers à vouloir encadrer l’usage numérique de leurs enfants. Ils imposent des limites, fixent des horaires, interdisent parfois le téléphone à table ou avant le coucher. Pourtant, plusieurs enquêtes montrent que les adultes ont eux-mêmes du mal à décrocher de leur appareil, y compris pendant les moments passés en famille.
Selon le Pew Research Center, près d’un adolescent américain sur deux affirme que son parent est au moins parfois distrait par son téléphone lorsqu’il essaie de lui parler. Les parents, eux, reconnaissent moins souvent ce comportement, mais près de la moitié disent tout de même passer trop de temps sur leur téléphone intelligent.
Ce décalage est révélateur. Pour les enfants, le problème n’est pas seulement le nombre de minutes passées devant un écran. C’est aussi l’impression de ne pas avoir toute l’attention de l’adulte. Un message consulté pendant une conversation, une notification regardée pendant un repas ou un coup d’œil rapide à l’écran pendant un moment de jeu peuvent suffire à fragmenter la relation.
Les chercheurs parlent parfois de « phubbing parental », contraction de phone et snubbing, pour désigner le fait d’ignorer une personne au profit de son téléphone. Dans une étude publiée en juin 2026 dans Frontiers in Psychology, des chercheurs ont observé une association entre la perception, chez les adolescents, d’un parent souvent absorbé par son appareil et des styles d’attachement plus insécurisés. L’étude ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet, mais elle ajoute un signal d’alerte à un phénomène déjà bien documenté.
Le sujet est d’autant plus délicat que les parents restent les principaux modèles numériques des enfants. Il devient difficile de demander à un jeune de limiter son usage des écrans si les adultes consultent constamment leur propre téléphone. Les règles familiales perdent en crédibilité lorsqu’elles ne s’appliquent qu’aux enfants.
En France, le baromètre 2026 de la Fondation pour l’Enfance et de l’Ifop montre que le numérique est désormais pleinement installé dans la vie familiale. La grande majorité des familles discutent des usages numériques, mais les écrans restent présents dans des moments sensibles du quotidien, notamment le réveil, le dîner ou le coucher.
La question n’est donc plus seulement de contrôler les écrans des enfants. Elle est aussi de redéfinir la place du téléphone intelligent dans toute la famille. Des zones sans téléphone, des repas protégés, des notifications réduites ou des moments clairement réservés aux enfants peuvent avoir plus d’effet qu’un simple discours sur les dangers des écrans.
Avant d’être une affaire de contrôle parental, l’éducation numérique est aussi une affaire d’exemple. Les enfants n’apprennent pas seulement ce qu’on leur dit. Ils observent ce que les adultes font, surtout quand l’écran s’invite dans les moments où l’attention devrait être ailleurs.
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Excellent reportage! Les parents ont un rôle à jouer et doivent montrer l’exemple.