
Dans une entrevue accordée à CNBC, Amazon revient sur la conception de ses propres puces d’intelligence artificielle pour certains de ses appareils grand public, dont les Echo et Fire TV. Panos Panay, responsable des appareils et services chez Amazon, a confirmé que l’entreprise développe du silicium « de bout en bout » pour des produits jugés stratégiques.
L’objectif est de rapprocher l’intelligence artificielle de l’utilisateur. Plutôt que de tout envoyer vers le nuage, Amazon veut exécuter davantage de fonctions directement sur l’appareil. Cette approche peut réduire la latence, améliorer la réactivité d’Alexa et limiter la quantité de données qui doit quitter la maison. C’est aussi une façon de mieux contrôler l’intégration entre matériel, logiciel et services.
Amazon a déjà commencé ce virage. En septembre 2025, l’entreprise a présenté les puces AZ3 et AZ3 Pro pour ses nouveaux appareils Echo. Selon Amazon, ces puces intègrent un accélérateur d’IA conçu pour exécuter des modèles d’IA en périphérie, c’est-à-dire directement sur l’appareil ou au plus près de l’utilisateur. L’Echo Dot Max utilise l’AZ3, notamment pour améliorer la détection de la conversation, tandis que l’AZ3 Pro équipe des appareils plus avancés.
Ce choix rappelle la stratégie d’Apple, qui conçoit ses propres puces pour mieux arrimer ses appareils à ses logiciels. Pour Amazon, l’enjeu est toutefois différent. L’entreprise ne cherche pas seulement à améliorer les performances d’un appareil isolé. Elle veut faire d’Alexa+ le fil conducteur entre les haut-parleurs Echo, les écrans connectés, Fire TV, Ring, les objets de maison intelligente et, éventuellement, de nouveaux appareils portables.
Alexa+ est la version plus avancée de l’assistant vocal d’Amazon. Elle doit comprendre des demandes plus complexes, retenir davantage de contexte et mieux relier les différents services de l’écosystème Amazon. Dans cette logique, la puce devient un élément stratégique : elle permet à l’assistant d’être plus rapide, plus présent et moins dépendant d’un aller-retour constant vers les centres de données.
Panos Panay précise toutefois qu’Amazon ne coupe pas les ponts avec les fabricants de puces traditionnels. L’entreprise continue d’utiliser des composants de fournisseurs comme Qualcomm lorsque cela est pertinent. La différence, c’est qu’Amazon veut concevoir elle-même le silicium des appareils qu’elle considère comme critiques pour son expérience d’IA ambiante.
Cette idée d’« IA ambiante » est au cœur du discours d’Amazon. Panay estime que l’usage de l’IA pourrait s’éloigner progressivement du modèle classique des applications et des écrans. L’interaction se ferait davantage par la conversation, le contexte et la continuité entre les appareils. L’utilisateur ne demanderait plus seulement une action ponctuelle à Alexa. Il s’attendrait à ce que l’assistant comprenne mieux ce qui se passe à la maison, au travail ou en déplacement.
C’est aussi pourquoi Amazon prépare une nouvelle génération d’appareils « à emporter avec soi ». Panay parle d’une feuille de route complète pour des produits mobiles, capables de recueillir des données, de rester à l’écoute et de maintenir un contexte entre la maison, le bureau et les déplacements. Amazon a déjà fait un pas dans cette direction avec l’acquisition de Bee, une jeune entreprise connue pour un bracelet à 49,99 $ US capable de comprendre la voix, produire des listes, répondre à des questions et rédiger des notes, selon CNBC.
La bataille est déjà très concurrentielle. Google pousse Gemini dans Android et ses services. OpenAI veut s’imposer comme interface grand public avec ChatGPT. Samsung s’appuie largement sur Gemini pour ses fonctions d’IA. Apple, de son côté, mise sur une intégration serrée entre ses puces, ses appareils et ses logiciels. Amazon tente donc de reprendre l’avantage dans un domaine où elle avait été pionnière avec Alexa, mais où l’IA générative a rebattu les cartes.
Le pari comporte aussi des risques. Les consommateurs n’ont pas encore clairement adopté les nouveaux objets d’IA personnelle. Plusieurs tentatives récentes dans les appareils portables ou sans écran ont été accueillies avec prudence, parfois avec scepticisme. Même Panay reconnaît qu’il faut rester méfiant envers ceux qui prétendent savoir exactement à quoi ressemblera le prochain grand appareil d’IA.
Reste que la direction est nette. Amazon ne veut plus seulement vendre des haut-parleurs intelligents ou des écrans connectés. Elle veut contrôler l’architecture technique qui permettra à Alexa+ de devenir une présence continue, dans la maison et au-delà. Les puces AZ3 et AZ3 Pro ne sont donc pas seulement des composants. Elles sont un signal : la prochaine bataille de l’IA grand public se jouera aussi dans le silicium.
Source : CNBC
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