Le marché de la consultation indépendante en technologies de l’information au Québec traverse une période de transformation. Selon le portrait 2026 publié par l’Association québécoise des informaticiennes et informaticiens indépendants, l’AQIII, le nombre de consultants indépendants en TI est en baisse depuis trois ans. Pour son PDG, François Marchal, cette diminution s’explique notamment par une forte demande de main-d’œuvre qui pousse certains consultants à redevenir employés à temps plein dans des entreprises.
Malgré ce recul, la profession demeure bien présente. L’AQIII évalue à environ 20 900 le nombre de consultants indépendants en TI au Québec, ce qui représenterait près de 7 % de la main-d’œuvre du secteur. Pour François Marchal, ce chiffre montre que la consultation indépendante ne disparaîtra pas, mais qu’elle devra s’adapter, surtout avec l’arrivée de l’intelligence artificielle.
L’IA devient d’ailleurs un facteur central dans l’évolution du métier. Les profils capables de se spécialiser dans l’intelligence artificielle, la gouvernance des données, la cybersécurité, l’infonuagique, l’architecture ou la gestion de produits devraient être mieux positionnés dans les prochaines années. À l’inverse, les consultants qui demeurent concentrés sur des tâches plus facilement automatisables risquent de subir davantage de concurrence et une pression sur leurs revenus.
Pour l’AQIII, l’enjeu des prochaines années ne sera donc pas la survie du consultant indépendant, mais sa montée en expertise. François Marchal insiste sur la nécessité de continuer à se former, à apprendre et à se spécialiser. Dans ce contexte, l’IA peut devenir un levier de productivité pour les consultants qui sauront l’intégrer à leur pratique et se positionner comme experts stratégiques.
Le portrait 2026 confirme aussi que la consultation indépendante demeure une profession d’expérience. Selon l’AQIII, 85 % des répondants possèdent plus de 15 ans d’expérience en TI, et l’âge moyen des consultants indépendants se situe autour de 48 ans. François Marchal rappelle qu’il est difficile de devenir consultant très tôt dans sa carrière, puisque ce statut repose généralement sur une expertise acquise au fil des années.
La profession reste par ailleurs très masculine. Selon les données évoquées par l’AQIII, les femmes représentent environ 16 % des répondants au sondage, une proportion qui progresse légèrement par rapport aux années précédentes. François Marchal se dit toutefois confiant de voir davantage de femmes s’imposer dans ce milieu, notamment grâce à la présence de leaders féminines dans des secteurs comme l’intelligence artificielle au Québec.
Sur le plan géographique, le Grand Montréal demeure le principal bassin de consultants indépendants en TI, avec 49 % des membres de l’AQIII. La région de Québec représente pour sa part environ 16 à 17 % des membres, notamment en raison de la présence des grandes organisations publiques, des banques, des assureurs et des centres de décision. D’autres consultants sont aussi présents en Abitibi, dans Lanaudière et en Estrie.
Le principal défi reste la recherche de mandats. Selon le portrait, 69 % des consultants évoquent cet enjeu. La durée moyenne d’un mandat est d’environ 20 mois, et les consultants doivent souvent prévoir un délai d’un à trois mois avant d’en trouver un nouveau. Les grandes entreprises et les organismes publics demeurent des clients importants, particulièrement dans la région de Québec.
Le portrait nuance aussi l’image du consultant isolé. Près de 80 % des consultants travaillent seuls ou avec un seul employé, mais une part significative sous-traite une partie de ses mandats ou collabore avec d’autres indépendants. L’AQIII recense plus de 10 412 entreprises de un à neuf employés dans ce secteur au Québec, dont plus de 7 000 comptent de un à quatre employés.
La consultation indépendante en TI demeure donc un pilier discret, mais important, de l’écosystème technologique québécois. L’intelligence artificielle ne semble pas appelée à faire disparaître ce modèle, mais elle force déjà les professionnels à revoir leur positionnement. Ceux qui miseront sur l’expertise, la spécialisation et la valeur stratégique devraient conserver une place importante dans un marché en mutation.
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