
L’intelligence artificielle s’invite peu à peu dans le monde de la santé et des soins aux aînés. Au Québec, la jeune entreprise Amical AI mise sur un objet volontairement familier pour accompagner les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles cognitifs : un téléphone rétro, sans écran et sans bouton, qu’il suffit de décrocher pour parler à une compagne conversationnelle appelée Pauline.
L’idée est née d’une expérience personnelle. Tony Aubé, cofondateur d’Amical AI, raconte avoir été marqué par la solitude vécue par sa grand-mère atteinte d’Alzheimer. Même entourée par sa famille et visitée régulièrement, elle oubliait ces moments de présence et pouvait se sentir seule à nouveau. C’est cette réalité qui a inspiré la création de Pauline, conçue pour offrir une présence simple, accessible en tout temps.
Le dispositif se veut volontairement dépouillé. Dans les résidences de soins, le téléphone est installé dans une chambre ou une salle commune. Une indication invite la personne à décrocher pour parler à quelqu’un. À l’autre bout du fil, Pauline répond, engage la conversation, pose des questions sur la journée, les souvenirs ou les intérêts de la personne. La voix, le nom et le profil du compagnon peuvent être personnalisés selon le contexte.
Selon Tony Aubé, Pauline n’a pas été développée en vase clos. L’équipe affirme avoir mené six mois de codéveloppement dans une résidence de Québec, avec des tests auprès d’utilisateurs vivant réellement avec l’Alzheimer ou d’autres troubles cognitifs. Les échanges ont ensuite servi à ajuster les comportements de l’IA, notamment pour éviter les sujets anxiogènes et privilégier des conversations rassurantes.
L’entreprise explique aussi travailler avec des chercheurs, des psychologues et des gériatres afin de baliser les réponses de Pauline dans des situations sensibles. L’objectif n’est pas de remplacer le personnel soignant, mais d’ajouter un outil dans l’environnement des résidences, capable de réconforter certaines personnes ou de les aider à traverser un moment de confusion.
Amical AI a également développé un deuxième niveau d’analyse. Pendant que Pauline échange avec l’utilisateur, une autre intelligence artificielle surveille la conversation afin de détecter certains signaux préoccupants, comme une douleur, une détresse, un événement urgent ou un possible abus. Lorsque de tels signaux sont repérés, une notification peut être transmise à la famille ou au personnel de la résidence, selon le contexte.
Cette capacité soulève inévitablement des questions de vie privée. Les conversations sont enregistrées et transcrites, mais Amical AI affirme limiter l’accès aux appels aux personnes autorisées dans les résidences, avec des niveaux d’accès différenciés. Tony Aubé précise que les serveurs sont situés à Montréal, que les données sont chiffrées et que les consultations sont journalisées afin de savoir qui a accédé à quoi et à quel moment.
La solution est aujourd’hui surtout destinée aux résidences pour aînés, même si des familles manifestent aussi de l’intérêt. L’entreprise dit être présente dans plus de 80 résidences au Québec. Pour un usage à domicile, Amical AI demeure plus prudente, car le téléphone actuel, sans bouton, n’est pas conçu pour remplacer un appareil permettant d’appeler un proche ou les services d’urgence.
Les premiers retours rapportés par l’entreprise sont très positifs, mais Tony Aubé reconnaît que plusieurs observations restent anecdotiques. Une étude avec l’Université Laval est en cours afin de mesurer plus rigoureusement les effets du dispositif, notamment sur l’anxiété et les comportements associés à la démence.
Parmi les histoires qui ont marqué l’équipe, Tony Aubé évoque le cas d’une personne que l’on croyait presque averbale et qui aurait recommencé à parler simplement en décrochant le combiné. Pour lui, le geste du téléphone active quelque chose de profondément ancré chez certaines personnes âgées, habituées toute leur vie à communiquer de cette façon.
Pauline ne se présente donc pas comme une solution miracle. Elle ne remplace ni la famille, ni les proches aidants, ni les professionnels. Mais elle illustre une voie émergente de l’IA en santé : des outils conversationnels conçus non pas pour impressionner par leur sophistication, mais pour s’insérer dans des gestes simples, familiers et rassurants.
Pour Amical AI, le défi sera maintenant de démontrer scientifiquement l’impact de Pauline, tout en maintenant un encadrement strict sur la confidentialité, la sécurité et les limites de l’accompagnement automatisé. Dans un contexte où le vieillissement de la population accentue la pression sur les milieux de soins, ce type de compagnon IA pourrait devenir un outil de plus dans la trousse des résidences, à condition de rester au service des humains qui accompagnent les plus vulnérables.
Écouter ma rencontre avec le créateur de Pauline :
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Avant ma retraite de l’hôpital, nous avions quelque chose de semblable. Une boîte vocale selon la personne avec qui le ou la patient(e) voulais communiquer, nous composition un numéro de téléphone et le système féminin ou masculin avait un conversation avec le système. Cela rassurait la personne en trouble cognitif qui après était plus rassurée et calme.👍🙏