La Russie et la Chine auraient élaboré un plan commun pour neutraliser Starlink

Des documents confidentiels obtenus par The Insider, Der Spiegel et Le Monde révèlent une coopération militaire beaucoup plus avancée qu’annoncé publiquement entre la Russie et la Chine. Parmi les projets examinés figure un plan en plusieurs étapes destiné à affaiblir, perturber ou même détruire le réseau satellitaire Starlink de SpaceX.

Les documents proviennent notamment d’un forum militaire sino-russe organisé secrètement à Guangzhou, en novembre 2023, ainsi que de négociations tenues quelques mois plus tôt à Moscou. Ils décrivent des travaux communs dans plusieurs secteurs stratégiques, dont les armes antisatellites, la défense antimissile, les drones autonomes, les véhicules blindés et l’aviation militaire.

Starlink est devenu un élément central des communications militaires ukrainiennes depuis l’invasion russe de 2022. Le réseau permet notamment aux soldats de coordonner leurs opérations, aux équipes médicales d’organiser les évacuations et aux opérateurs de drones de transmettre des images en temps réel. Sa structure distribuée, composée de milliers de satellites en orbite basse, le rend difficile à neutraliser.

Une présentation préparée par des chercheurs de la China Aerospace Science and Technology Corporation décrit une stratégie en trois niveaux. La première étape consisterait à exercer une pression diplomatique et réglementaire afin de limiter l’expansion de Starlink, notamment en invoquant les risques de collisions entre satellites.

La deuxième étape viserait à bloquer l’accès de SpaceX à certaines fréquences et positions orbitales, tout en développant une architecture commune de brouillage électromagnétique. La Russie et la Chine pourraient ainsi perturber le fonctionnement du réseau dans certaines régions ciblées.

Le troisième niveau prévoit des mesures beaucoup plus agressives. Les documents évoquent des cyberattaques contre les terminaux Starlink, l’utilisation de logiciels malveillants et la destruction physique de satellites. Les auteurs proposent notamment de concevoir des armes peu coûteuses capables de neutraliser plusieurs appareils en orbite à la fois.

Une telle attaque pourrait toutefois produire d’importantes quantités de débris spatiaux et menacer de nombreux autres satellites, y compris ceux de la Chine et de la Russie. Starlink est également utilisé par des hôpitaux, des organisations humanitaires, des journalistes, des entreprises et des communautés isolées dans plusieurs pays.

Les documents révèlent aussi un projet commun de système de défense aérienne et antimissile destiné à intercepter des missiles balistiques et hypersoniques américains. Un protocole signé à Moscou en juin 2023 fixe des objectifs techniques particulièrement ambitieux, notamment l’interception de missiles à une altitude pouvant atteindre 40 kilomètres.

La coopération repose également sur un échange de compétences. La Russie fournirait à la Chine son expérience acquise sur les champs de bataille ukrainiens, tandis que Pékin apporterait ses technologies d’intelligence artificielle, ses composantes électroniques et sa capacité de production industrielle.

Des présentations chinoises proposent notamment de développer des essaims de munitions autonomes et des véhicules blindés dotés de systèmes de protection alimentés par l’intelligence artificielle. Selon l’enquête, certains drones autonomes utilisés par la Russie en Ukraine contiendraient déjà des modules d’IA, des batteries, des capteurs et des systèmes de stockage fabriqués en Chine.

Cette coopération permettrait également à Pékin de tester indirectement ses technologies dans des conditions réelles de combat. La Chine, qui n’a pas mené de guerre majeure depuis 1979, profiterait ainsi de l’expérience militaire accumulée par la Russie depuis le début du conflit en Ukraine.

Pour plusieurs experts cités dans l’enquête, ces documents remettent en question la neutralité revendiquée par la Chine. Pékin affirme officiellement ne pas participer directement au conflit, mais son soutien technologique et industriel contribuerait à maintenir les capacités militaires russes.

Les révélations soulèvent aussi des questions pour Elon Musk. SpaceX est un partenaire stratégique du Pentagone, tandis que Tesla dépend fortement du marché chinois et de son usine de Shanghai. Musk a régulièrement affiché une attitude favorable envers Pékin, sans donner d’indication publique qu’il était au courant des discussions visant son réseau satellitaire.

SpaceX n’a pas répondu aux demandes de commentaires des médias ayant participé à l’enquête. Un nouveau forum militaire sino-russe doit avoir lieu à Saint-Pétersbourg avant la fin de 2026.

Source : The Insider

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