
Les caméras de surveillance connectées ne servent plus uniquement à protéger des bâtiments ou à surveiller la circulation. Lorsqu’elles sont mal sécurisées, elles peuvent être détournées par des États pour observer les conséquences d’une attaque, suivre des déplacements militaires ou recueillir des renseignements sur des infrastructures stratégiques.
Depuis le début de la guerre entre Israël et l’Iran, des groupes liés à Téhéran auraient réussi à prendre le contrôle d’au moins 50 caméras de sécurité en Israël, selon la Direction nationale israélienne de la cybersécurité. Les autorités ignorent combien de temps les pirates ont pu accéder aux images avant que les intrusions soient détectées.
Les pirates auraient principalement cherché à évaluer les dommages causés par les missiles iraniens et à suivre les mouvements des forces israéliennes. Des tentatives comparables ont également visé des caméras installées en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn. Dans plusieurs cas, les attaquants auraient profité de logiciels périmés et de vulnérabilités connues qui n’avaient pas été corrigées.
Les opérations ne se seraient pas limitées aux systèmes vidéo. Des groupes associés à l’Iran auraient infiltré au moins 60 entreprises et organisations israéliennes avant d’effacer leurs données. Les principales victimes étaient de petites et moyennes organisations, notamment des cabinets d’avocats, d’ingénieurs et d’architectes. Certaines informations auraient été définitivement perdues.
Selon Rafael Franco, ancien directeur général adjoint de l’agence israélienne de cybersécurité et fondateur de l’entreprise Code Blue, au moins trois groupes distincts auraient participé à ces opérations. Ils auraient notamment exploité des pare-feu qui n’avaient pas reçu leurs mises à jour de sécurité. Dans un cas, la déconnexion accidentelle du réseau privé virtuel utilisé par les pirates aurait révélé une connexion provenant de Téhéran.
Le phénomène dépasse cependant le conflit entre Israël et l’Iran. Les services de renseignement néerlandais AIVD et MIVD viennent de prévenir que des acteurs étatiques russes compromettent systématiquement des caméras IP aux Pays-Bas, en Ukraine et dans plusieurs pays membres de l’Union européenne et de l’OTAN.
La Russie utiliserait des logiciels de reconnaissance d’images afin de repérer automatiquement des véhicules militaires et les marchandises qu’ils transportent. Les images permettent notamment d’identifier des routes logistiques, des livraisons d’armes destinées à l’Ukraine ainsi que la position de militaires ukrainiens. En Ukraine, certains de ces renseignements auraient ensuite servi à viser du personnel et du matériel militaire.
Les services néerlandais précisent ne pas avoir observé l’utilisation de ces images pour préparer des attaques militaires en dehors de l’Ukraine. Ils estiment néanmoins que ces activités démontrent la capacité de la Russie à recueillir des renseignements stratégiques à partir de caméras civiles installées dans des ports, des zones de chargement ou le long d’axes de transport.
L’accès à ces appareils est souvent facilité par des pratiques élémentaires de cybersécurité négligées. Plusieurs caméras conservent leur mot de passe d’origine, utilisent un micrologiciel obsolète ou sont directement accessibles depuis Internet. Des outils automatisés permettent également aux attaquants de repérer rapidement les modèles vulnérables et leurs adresses réseau.
Les autorités néerlandaises recommandent de ne pas exposer directement les flux vidéo sur Internet, de désactiver les fonctions inutiles comme la redirection automatique des ports et d’utiliser un réseau privé virtuel pour l’accès à distance. Elles conseillent également d’activer l’authentification multifacteur, d’installer régulièrement les mises à jour et de placer les caméras sur un réseau séparé des autres équipements informatiques.
Le positionnement physique de la caméra devient lui aussi un enjeu de sécurité. Une caméra destinée à surveiller l’entrée d’un commerce peut involontairement montrer une voie ferrée, un port, une route militaire ou une zone de livraison. Les renseignements néerlandais recommandent donc de limiter le champ de vision et, lorsque cela est possible, de masquer ou de brouiller les zones sensibles.
Ces opérations montrent que la valeur stratégique d’une caméra ne dépend pas nécessairement de l’importance de son propriétaire. Une caméra installée devant une petite entreprise ou une résidence peut offrir une vue privilégiée sur des mouvements militaires, des infrastructures essentielles ou les conséquences d’une frappe. Dans les conflits modernes, les appareils connectés les plus ordinaires peuvent ainsi devenir des capteurs accessibles à distance pour les services de renseignement.
Sources : aivd.nl, Wall Street Journal
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