L’intelligence artificielle redéfinit le rôle des spécialistes en relations publiques

L’intelligence artificielle transforme rapidement le travail dans les cabinets de relations publiques. En accélérant la recherche, la veille médiatique et la rédaction, elle réduit le temps consacré à la production de contenu et pousse les professionnels vers des fonctions davantage centrées sur l’analyse, la stratégie et la relation avec les clients.

C’est l’un des principaux constats de Léa Pancol, titulaire d’une maîtrise en affaires publiques et internationales. Ses travaux universitaires ont porté sur l’évolution du rôle stratégique des consultants en relations publiques dans un contexte marqué par l’adoption rapide de l’intelligence artificielle.

Elle appartient à une première génération de jeunes professionnels qui n’a pratiquement jamais connu les études supérieures ou le marché du travail sans outils d’IA générative. Cette réalité influence directement sa manière d’observer la transformation du métier.

« Avant, on était beaucoup plus dans la production de contenu. Et là, on va aller plus dans l’analyse. » Selon elle, les consultants consacraient auparavant une part importante de leur temps à la recherche, à la préparation de brouillons et à la rédaction initiale. Les outils d’IA permettent maintenant d’accélérer ces tâches et de réduire le syndrome de la page blanche.

Ce gain de temps ne signifie toutefois pas que la machine remplace le professionnel. Il modifie plutôt la valeur attendue du consultant. Les clients recherchent désormais davantage d’expertise, de discernement et de recommandations adaptées à leur situation.

Léa Pancol estime que certaines qualités demeurent difficilement reproductibles par une intelligence artificielle. L’empathie, l’intuition, la sensibilité, le jugement et la compréhension du contexte reposent encore largement sur l’expérience humaine.

« L’IA devient vraiment un outil. Notre rôle est toujours ici, il ne se remplace pas. »

Les clients ont eux aussi accès aux robots conversationnels. Ils peuvent produire des textes, obtenir des conseils généraux ou résumer des documents sans nécessairement faire appel à un cabinet. Dans ce contexte, la valeur du relationniste ne repose plus seulement sur sa capacité à fournir rapidement de l’information.

Elle se situe surtout dans sa capacité à interpréter cette information, à comprendre l’organisation et à bâtir une relation durable. Le consultant connaît l’histoire du client, ses sensibilités, ses contraintes internes et les risques propres à son secteur d’activité. Cette relation de confiance devient encore plus importante lorsque l’IA intervient dans la production des contenus. Un client doit pouvoir comprendre comment les outils sont utilisés, quelles vérifications sont effectuées et quelles données peuvent ou non être transmises à une plateforme externe.

Dans le travail quotidien, l’intelligence artificielle peut notamment faciliter la veille médiatique. Des outils automatisés permettent de repérer des mots-clés, de regrouper des mentions et de résumer de grands volumes d’information. Cette automatisation demeure toutefois imparfaite. Certains systèmes captent encore difficilement les contenus audio ou télévisés. Ils peuvent également retenir des articles contenant un mot-clé sans que ceux-ci soient réellement pertinents pour l’organisation surveillée.

Le professionnel doit donc relire les résultats, éliminer les mentions inutiles et expliquer pourquoi une nouvelle ou une intervention médiatique mérite l’attention du client. La collecte automatisée n’a de valeur que lorsqu’elle mène à une analyse utile pour la décision.

L’IA peut également aider à préparer des propositions destinées aux médias. Elle peut structurer un argumentaire, reformuler une idée ou proposer de nouveaux angles. Toutefois, l’idée de départ repose encore sur la connaissance de l’actualité, du client, des journalistes et du contexte dans lequel le message sera présenté.

« Ce qui reste humain, c’est déjà tout simplement les idées. L’IA va nous aider à les structurer, mais à la base, c’est nous qui les avons. »

Une utilisation excessive pourrait néanmoins entraîner une uniformisation des messages et des recommandations. Si plusieurs consultants utilisent les mêmes outils avec des instructions similaires, les résultats risquent de se ressembler. Le jugement professionnel demeure donc nécessaire pour personnaliser les stratégies et vérifier chaque contenu.

Pour Léa Pancol, aucun texte produit par l’IA ne devrait être publié ou transmis directement sans validation humaine. Les spécialistes doivent confirmer les faits, revoir le ton, tenir compte du contexte et s’assurer que le résultat correspond réellement aux besoins du client.

Les risques liés à la confidentialité occupent aussi une place centrale. Les cabinets de relations publiques traitent parfois des renseignements sensibles qui ne doivent pas être transmis à un outil ne garantissant pas une protection adéquate des données. Une fuite pourrait exposer des stratégies, des informations commerciales ou des éléments liés à une crise en préparation. L’outil conçu pour faciliter le travail du consultant pourrait alors devenir lui-même la source d’un problème de réputation.

Les hypertrucages et la désinformation représentent un autre défi. Dans un environnement médiatique saturé, les relationnistes doivent vérifier les contenus, repérer les manipulations et aider leurs clients à réagir rapidement lorsqu’une fausse information circule.

La formation devient par conséquent essentielle. Au sein de son environnement professionnel, des rencontres régulières permettent aux employés de comparer leurs méthodes, de présenter de nouveaux usages et d’établir des pratiques communes.

Cette mise en commun permet aussi de mieux comprendre les limites d’une technologie qui évolue rapidement. L’objectif n’est pas seulement d’utiliser davantage l’IA, mais de savoir dans quelles situations elle est réellement utile et à quel moment le jugement humain doit reprendre le dessus.

L’arrivée des robots conversationnels modifie également les stratégies de visibilité. Les organisations ne doivent plus seulement se préoccuper de leur positionnement dans les moteurs de recherche. Elles doivent aussi réfléchir à la façon dont elles sont présentées dans les réponses générées par des plateformes comme ChatGPT ou Claude.

Pour Léa Pancol, le métier de consultant en relations publiques ne devient donc pas uniquement plus technique. Il évolue surtout vers un rôle plus stratégique et relationnel. Lorsque la production de contenu devient plus rapide et plus accessible, la valeur distinctive repose sur la connaissance du client, la qualité de l’analyse et la capacité à maintenir une relation de confiance.

L’intelligence artificielle ne fait ainsi pas disparaître le métier. Elle oblige plutôt les professionnels à préciser leur valeur et à consacrer davantage de temps aux responsabilités que la machine accomplit encore difficilement.

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