Procès de Meta – jour 2 : la sécurité des jeunes au cœur du témoignage

La deuxième journée du procès de Meta en Californie, mercredi 19 août, a surtout été marquée par la suite du témoignage d’Arturo Béjar, ancien directeur de l’ingénierie chez Facebook devenu consultant indépendant pour Instagram. Devant le tribunal fédéral d’Oakland, il a soutenu que la culture interne de Meta accordait davantage d’importance à la croissance, à l’engagement et aux revenus qu’à la sécurité des jeunes utilisateurs. Meta conteste cette présentation de ses pratiques.

Béjar a travaillé chez Meta de 2009 à 2015, puis de 2019 à 2021 comme entrepreneur indépendant chargé notamment d’examiner le bien-être des adolescents sur Instagram. Selon lui, les décisions importantes concernant les produits reposaient largement sur les priorités fixées au sommet de l’entreprise. Il a affirmé que lorsque Mark Zuckerberg faisait d’un dossier une priorité, l’organisation pouvait agir très rapidement. Il estime que la sécurité des enfants n’a pas bénéficié du même niveau d’attention.

L’ancien cadre a également déclaré que Meta privilégiait l’engagement des utilisateurs et les profits au détriment de la sécurité. Il a notamment critiqué la fonction « Take a Break », qui invite les utilisateurs à faire une pause après un certain temps passé sur Instagram. Selon Béjar, cette fonction était « conçue pour échouer » puisqu’elle n’était pas activée par défaut et que ses rappels pouvaient facilement être ignorés.

La question des enfants de moins de 13 ans a aussi occupé une place importante dans son témoignage. Béjar a affirmé que Meta possédait des outils technologiques capables de signaler potentiellement des millions de comptes appartenant à des utilisateurs trop jeunes, mais qu’Instagram aurait adopté une approche qu’il a décrite comme « don’t ask, don’t tell ». Il s’agit d’une accusation formulée par Béjar et contestée par Meta, et non d’un fait établi par le tribunal.

Le contre-interrogatoire mené par l’avocat de Meta, Brian Stekloff, a toutefois permis d’apporter certaines nuances au témoignage. Béjar a reconnu qu’il avait lui-même aidé sa fille adolescente à créer un compte Instagram sans prévoir les expériences négatives qu’elle allait ensuite y vivre. Il a également reconnu que Meta emploie des centaines de personnes consacrées à la sécurité et que plusieurs d’entre elles sont, selon lui, très compétentes. Il a aussi précisé que, durant son second passage dans l’entreprise, il n’était pas directement rattaché à Zuckerberg et qu’en tant que consultant externe, son accès à certaines ressources était limité.

La journée du 19 août ne s’est toutefois pas arrêtée au témoignage de Béjar. Après son passage à la barre, les jurés ont entendu un témoignage enregistré d’Elena Davis, chercheuse chez Meta qui s’est intéressée au caractère potentiellement addictif des réseaux sociaux. Elle a lu un passage d’un rapport interne indiquant que Facebook pouvait être modifié afin de réduire son potentiel à devenir une habitude et pour aider les utilisateurs à rompre avec des habitudes qu’ils ne souhaitaient plus conserver.

Ce témoignage ajoute une nouvelle dimension à la thèse des États, qui cherchent à démontrer que Meta connaissait certains risques associés à l’utilisation prolongée de ses plateformes et disposait de moyens pour modifier ses produits. Là encore, il appartiendra au tribunal d’évaluer la portée de ces éléments et de déterminer s’ils établissent une responsabilité juridique de Meta.

Le procès réunit plusieurs volets. La Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey accusent Meta d’avoir conçu Facebook et Instagram de manière à maintenir les jeunes utilisateurs engagés et d’avoir trompé le public concernant la sécurité de ses plateformes. Ces quatre États, ainsi que 25 autres, accusent également Meta d’avoir enfreint la loi fédérale en recueillant et en utilisant de manière inappropriée les données personnelles d’enfants de moins de 13 ans.

Le jury composé de huit personnes rendra un verdict consultatif. La décision finale reviendra toutefois à la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers, qui déterminera si Meta est juridiquement responsable et, le cas échéant, quelles sanctions financières ou modifications aux plateformes pourraient être imposées. Le procès devrait durer environ six semaines.

Meta nie avoir conçu ses plateformes pour rendre les jeunes dépendants et affirme avoir consacré des ressources importantes à leur protection. La deuxième journée a donc essentiellement opposé deux visions de l’entreprise : celle présentée par Béjar, qui décrit une organisation où l’engagement dominait les priorités de sécurité, et celle de Meta, qui soutient que ses efforts de protection ont été réels et continus.

Sources : reuters, associated press, afp, gpb,

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