Le tourisme technologique explose en Chine, des robots de Shenzhen aux usines intelligentes

La Chine attire désormais une nouvelle catégorie de voyageurs. Ils ne viennent pas seulement pour la Grande Muraille, Shanghai ou la Cité interdite. Entrepreneurs, investisseurs, ingénieurs et dirigeants étrangers sont de plus en plus nombreux à visiter le pays pour observer ses robots humanoïdes, ses véhicules électriques, ses chaînes de fabrication automatisées et son écosystème d’intelligence artificielle.

Reuters décrit d’ailleurs un phénomène encore difficile à quantifier, mais suffisamment important pour avoir fait naître toute une industrie de circuits technologiques. Des entreprises organisent maintenant des visites privées de fabricants, de laboratoires et de centres d’innovation à Shenzhen, Shanghai, Pékin, Hangzhou ou Hefei. L’agence Glopen affirme que ses demandes ont augmenté de 50 % en 2026 et qu’elle organise désormais plus d’une centaine de visites d’entreprises par mois.

Robert Wu, dirigeant de la firme de recherche Baiguan à Shanghai, a ainsi organisé des séjours de cinq jours pour investisseurs, entrepreneurs et dirigeants étrangers pouvant coûter jusqu’à environ 20 760 $ CA, ou 12 900 €. Environ la moitié de ses participants provenaient d’Asie du Sud-Est.

Ce tourisme technologique se situe quelque part entre le voyage d’affaires, la mission commerciale et le tourisme industriel. Les participants veulent comprendre comment les entreprises chinoises arrivent à concevoir, fabriquer et commercialiser rapidement de nouveaux produits. La robotique, l’automobile électrique, les batteries, les drones, l’IA appliquée et la fabrication électronique figurent parmi les secteurs les plus recherchés.

Shenzhen est devenue l’une des principales destinations de ce nouveau tourisme. La ville rassemble fabricants de composants, entreprises de robotique, constructeurs de drones, spécialistes de l’électronique et un immense réseau de sous-traitants. Reuters rapporte que le nombre de visiteurs étrangers y a augmenté de 70 % l’an dernier et de plus de 30 % au premier trimestre de 2026. Plus de cinq millions d’entrées de visiteurs étrangers avaient été enregistrées depuis le début de l’année à la fin août.

L’offre touristique commence également à refléter cette demande. Bridging China propose par exemple un circuit de six jours à Shenzhen consacré à l’IA, aux robots humanoïdes et au matériel informatique. Le programme comprend des rencontres avec des entrepreneurs, des visites d’entreprises de robotique, des activités autour du prototypage et une journée dans le quartier électronique de Huaqiangbei. Le tarif régulier est d’environ 4 150 $ CA, ou 2 580 €, par personne, tandis qu’un tarif anticipé était offert à environ 3 460 $ CA, ou 2 150 €. L’hébergement et le transport aérien international ne sont pas compris.

À l’autre extrémité du marché, les circuits destinés aux investisseurs et aux hauts dirigeants peuvent devenir beaucoup plus coûteux. Le programme de cinq jours évoqué par Reuters à 15 000 $ US représente environ 20 761 $ CA ou 12 909 €.

Glopen a également commercialisé en 2026 un circuit technologique de plusieurs villes. Une version indexée de son offre affichait un prix promotionnel d’environ 6 420 $ CA, ou 3 999 €, par personne, et un tarif régulier d’environ 8 025 $ CA, ou 4 999 €. Le programme décrit par l’entreprise couvre huit jours et sept nuits et comprend notamment l’hébergement, les repas et les déplacements locaux.

Il existe aussi des expériences beaucoup plus accessibles. Glopen propose à Shanghai des circuits de quelques heures permettant d’essayer des véhicules électriques intelligents, d’interagir avec des robots humanoïdes, d’utiliser des systèmes de réalité virtuelle ou d’assister à des démonstrations de drones. Certaines visites technologiques de Shenzhen ou Shanghai sont affichées entre environ 70 et 130 dollars sur son site, selon le programme et le nombre de participants. La devise n’étant pas explicitement identifiée pour toutes ces offres, je ne les ai pas converties.

Cette croissance n’est pas uniquement portée par les agences privées. En mai 2026, sept ministères et organismes chinois, dont le ministère de la Culture et du Tourisme et celui de l’Industrie et des Technologies de l’information, ont publié une directive encourageant explicitement le développement du tourisme industriel. Le gouvernement souhaite notamment favoriser les visites dans les secteurs de l’automobile, de la robotique, de l’aérospatiale, de la logistique et de la fabrication. Il encourage aussi l’utilisation de l’intelligence artificielle, de la réalité virtuelle, de la conduite autonome et des technologies BeiDou dans les expériences destinées aux visiteurs.

La Chine compte maintenant 142 sites nationaux de démonstration consacrés au tourisme industriel. Des organismes chinois spécialisés dans le secteur estiment que ce marché pourrait dépasser 300 milliards de yuans, environ 60,9 milliards de dollars canadiens, ou 37,9 milliards d’euros, en 2029.

L’intérêt pour ces voyages s’explique aussi par l’inquiétude grandissante des entreprises occidentales face au rythme de développement de certains secteurs chinois. L’objectif de plusieurs délégations n’est pas nécessairement d’investir en Chine, mais de comprendre des concurrents, des fournisseurs et des partenaires qui occupent une place croissante dans les chaînes technologiques mondiales.

Il faut toutefois éviter de transformer ces circuits en vitrines sans recul critique. Les démonstrations de robots humanoïdes sont impressionnantes, mais Reuters constatait encore récemment que plusieurs de ces machines demeurent lentes, peu autonomes et loin d’être prêtes pour un déploiement massif dans les usines. La Chine dispose d’une capacité industrielle et d’une chaîne d’approvisionnement remarquables, mais cela ne signifie pas qu’elle domine toutes les technologies présentées aux visiteurs.

Pour les Canadiens et les Européens qui envisagent un tel voyage, les règles d’entrée méritent également une attention particulière. Les voyageurs canadiens et français, titulaires d’un passeport ordinaire canadien ou français, peuvent actuellement entrer en Chine sans visa pour un séjour allant jusqu’à 30 jours, notamment à des fins touristiques ou commerciales. Cette exemption est en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Un Canadien peut donc effectuer un aller-retour Montréal-Shanghai-Montréal sans devoir utiliser le régime de transit de 240 heures, à condition de satisfaire aux critères de l’exemption de 30 jours.

La réglementation précise également que le tourisme et les activités commerciales sont permis durant ce transit, mais que certaines activités, dont le travail, les études et le reportage journalistique, nécessitent les autorisations appropriées.

Le tourisme technologique chinois devient ainsi une nouvelle fenêtre sur la transformation industrielle du pays. Après les voyages consacrés à la Silicon Valley, certains dirigeants et entrepreneurs regardent maintenant vers Shenzhen, Shanghai ou Pékin pour comprendre comment l’IA quitte les écrans pour rejoindre les robots, les voitures, les usines et les infrastructures. Et à mesure que cette curiosité augmente, visiter une chaîne de montage ou un laboratoire de robotique pourrait devenir aussi naturel, pour certains voyageurs, que visiter un musée.

Sources : channel 3000, mct.gov.cn, glopen, bridging china

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